• Rina Lasnier (1910-1997)

    Rina Lasnier (1910-1997)

    Membre fondatrice de l’Académie canadienne-française, Rina Lasnier fait partie des quatre grands poètes qui ont marqué la poésie moderne québécoise, aux côtés d'Anne Hébert, d'Alain Grandbois et d'Hector de Saint-Denys Garneau. Plusieurs de ses poèmes ont été traduits en anglais, en espagnol, en italien, en hongrois, en polonais et en russe, d’autres ont été mis en musique. Ses pièces ont été jouées sur les scènes du Québec, du Canada et de la France. Elle a aussi écrit des centaines d’articles qui ont été publiés dans des journaux et des revues. En 1975 et en 1986, sa candidature a été proposée pour le prix Nobel de littérature, et elle a remporté plusieurs prix prestigieux tout au long de sa carrière.

     

    Toute sa vie a été consacrée à la quête d’une spiritualité poétique et incarnée. Elle était claire quant à sa posture :

     

    "Je ne suis pas théologienne… Je lis donc plutôt des ouvrages de spiritualité. Mes voies vont plutôt vers la contemplation que vers la science. J’aime mieux entrevoir Dieu dans Sa Parole que de décortiquer les hypothèses, souvent douteuses, des exégètes."

     

    On lui reprochera parfois son recours à des personnages bibliques dans certains recueils mais jamais elle ne renoncera à rompre ce lien qui unit le poète au monde : l’Amour.

     

      

    Il y aura toujours la table
    L’enfant accoudé à son silence
    Les yeux ouverts en étoiles
    Et qui brûlent tout par délivrance.

    Il y aura toujours la nuit
    La douleur tranquille des étoiles
    Le bleu qui brûle tant de nuit
    Le bleu qui remue tant de sable.

    Il y aura toujours l’enfance
    Qui choisit le feu par innocence
    Le bleu de l’eau par attirance
    Le débris des mots par impuissance.

     

    *****

     

    J'avais un grand arbre vert,

    Où nichait mon enfance ailée ,
    Un arbre grand troué de lumière
    Qui remplissait le haut de mon âme.

    J'avais de douces feuilles vertes
    Où chantait mon enfance triste,
    Des branches vertes et sonores
    Qui répétaient les chagrins de mon âme.

    J'avais mille feuilles vertes
    Où palpitait l'élan de mon enfance,
    Des feuilles lisses et captives
    Comme les oiseaux de mon âme.

    J'avais un grand arbre vert
    Où se dénouait la fleur de mon enfance,
    Pour quel printemps, pour quelle abeille ?
    Pour quelle joie, pour quelle souffrance ?

    *****

     

    Laisse le nénuphar au lac, laisse le poète à sa solitude ;
    le nénuphar n’a pas dédaigné le pré ou le jardin, le poète n’a pas choisi de chanter ;
    même s’ils baignent dans l’eau pure de la beauté, ils restent mêlés à la boue de la terre par leurs racines.
    Une goutte d’eau… quand on a soif du lac entier… un poème… quand on poursuit la beauté absolue…
    Laisse le nénuphar à la coupe changeante du lac, laisse le poète à la coupe sans bords du rêve…

     

    *****

     

    Laisse l’étoile lointaine dans la soie de son écrin,
    laisse la neige au chemin lisse, au toit recueilli,
    laisse l’amour au fond de ton cœur intraduisible.

    Si tu dérobais l’étoile, elle brûlerait ta main,
    si tu cueillais la neige, elle s’enfuirait entre tes doigts,
    si tu parlais d’amour, tes paroles te trahiraient.

     

    Ces choses-là se contemplent, mais ne se possèdent pas… 

     


  • Commentaires

    1
    Dimanche 27 Janvier à 16:23

    Bonjour Claire-Lise, je l'ai déjà dit et je vais le redire :

     Ton blog est un endroit où j'aime me ressourcer :)

    Merci, et bonne fin de week-end !

     

    2
    Dimanche 27 Janvier à 22:19

    Je te remercie du fond du cœur Elfine. 

     

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