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    Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859)

    Née à Douai, Marceline Desbordes-Valmore devient actrice en 1803. En 1813, elle est engagée à l'Odéon et en 1815, au Théâtre de la Monnaie où elle est Rosine dans Le Barbier de Séville. En 1817, elle épouse Prosper Valmore, comédien sans grand talent, qui la fit vivre dans la médiocrité. C'est à Lyon, en 1823, que se termine sa carrière théâtrale.

    En 1809, elle rencontre Henri de Latouche qui devient son amant et qui est vraisemblablement le père d'Ondine Valmore. Cet écrivain talentueux lui donna des conseils éclairés. D'un naturel instable et tourmenté, il rompit deux fois avec elle pour reparaître lorsqu'il la sut mariée.

    La vie de Marceline Desbordes-Valmore est marquée par la perte de ses proches : elle perdit ses trois filles, dont Ondine, de son vivant. Elle fut sans cesse harcelée par les difficultés financières et les tourments du cœur. Elle écrivit des romans, des contes et de la poésie.

    Sa poésie spontanée, ultrasensible, séduisit Lamartine, les romantiques, Baudelaire et Verlaine parmi tant d'autres. Tout est jeu musical dans son art marqué par l'étude et la pratique du chant. A quoi s'ajoute un don de rendre l'impétuosité de la passion qui est aussi l'apanage des grands romantiques, ses cadets. Elle sait,  mieux que ses contemporaines, fixer, au moyen des termes les plus frappants les émotions éparses, confuses, telles qu'elles sont dans leur premier état, toutes vibrantes encore de la transe qui les a fait jaillir. Une intuition géniale lui permet de trouver dans l'immédiat les expressions percutantes qui s'adaptent exactement au choc ressenti. Le succès qu'elle a connu de son vivant n'a cessé de croître depuis sa dispartion.

     

    La lune des fleurs

    Nocturne

    Douce lune des fleurs, j'ai perdu ma couronne !
    Je ne sais quel orage a passé sur ces bords.
    Des chants de l'espérance il éteint les accords,
    Et dans la nuit qui m'environne,
    Douce lune des fleurs, j'ai perdu ma couronne.

    Jette-moi tes présents, lune mystérieuse,
    De mon front qui pâlit ranime les couleurs ;
    J'ai perdu ma couronne et j'ai trouvé des pleurs ;
    Loin de la foule curieuse,
    Jette-moi tes présents, lune mystérieuse.

    Entrouvre d'un rayon les noires violettes,
    Douces comme les yeux du séduisant amour.
    Tes humides baisers hâteront leur retour.
    Pour cacher mes larmes muettes,
    Entrouvre d'un rayon les noires violettes !

     Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859)

    Peinture de Monique Salazar (cliquer sur l'image pour l'agrandir)


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    Christine de Pisan (1364-vers 1430)

    Très érudite, elle est la première des femmes savantes et des femmes auteures Son père, qui est conseiller de Charles V, la marie à Estienne du Castel alors qu'elle n'a que 15 ans. Devenue veuve à 25 ans, après 10 années de parfait bonheur auprès de son mari, elle se jette dans l'étude pour oublier son chagrin. Elle devient la première femme à vivre de sa plume. Elle écrit 12 livres en prose et près de 400 poèmes. Seule, face à la société, Christine de Pisan se mesure avec elle et prend conscience de la situation précaire de la femme, du tort que lui ont fait les médisances et les sarcasmes du moyen âge. Elle réclame pour ses sœurs une réhabilitation morale, une instruction plus poussée et une révision de la situation juridique des veuves et des célibataires. Elle est la première théoricienne du féminisme moderne.

    Au cours de ses multiples tribulations, c'est Dieu qui l'a soutenue. Non pas un Dieu qui la hisse sur les cimes de l'extase, mais un maître qui établit les lois de la morale et de la justice, en menaçant les fauteurs de troubles de ses sanctions. Rien de plus curieux que ce point de vue social.

    Les poèmes de Christine de Pisan qui débattent d'idées ou de principes moraux sont parfois prolixes. Mais on goûtera la variété et l'imprévu des sujets. Et que dire de la chaleur que lui insuffle la foi dans l'amour, dans la sagesse et dans la paix !

    Parmi ses poèmes d'amour, il faut distinguer ses exercices d'amour courtois, dictés par le souci de satisfaire sa clientèle de seigneurs, et ceux où elle trahit l'âme de la veuve inconsolable, véritables poèmes-cris particulièrement bouleversants. 

     

    La fille qui n'a point d'ami

     

    A qui dira-t-elle sa peine,

    La fille qui n'a point d'ami ?

     

    La fille qui n'a point d'ami,

    Comment vit-elle ?

    Elle ne dort jour ni demi

    Mais toujours veille.

    Ce fait amour qui la réveille

    Et qui la garde de dormir.

     

    A qui dira-t-elle sa pensée,

    La fille qui n'a point d'ami ?

     

    Il y en a bien qui en ont deux,

    Deux, trois ou quatre,

    Mais je n'en ai pas un tout seul

    Pour moi ébattre.

    Hélas ! mon joli temps se passe,

    Mon téton commence à mollir.

     

    A qui dira-t-elle sa pensée,

    La fille qui n'a point d'ami ?

     

    J'ai le vouloir si très humain

    Et tel courage

    Que plus tôt anuit que demain

    En mon jeune âge

    J'aimerais mieux mourir de rage

    Que de vivre en un tel ennui.

     

    A qui dira-t-elle sa pensée,

    La fille qui n'a point d'ami ?

     

    Chanson de la pastoure 

     

    Il n'est si joli métier

    Que de mener en pâture

    Ses agneaux sur la verdure,

    Jamais je n'en changerai.

     

    Qui verrait ces bergerettes

    Et ces plaisants pastoureaux

    S'entr'aimer par amourettes,

    Tresser des fleurs en chapeaux,

     

    Il dirait qu'il n'est sentier

    Ni voye qui soit si pure,

    Jamais d'autre n'aurait cure

    Mais s'en voudrait contenter ;

    Il n'est si joli métier.

     

    Ces pastours sur leur musette,

    Au gazouillis des oiseaux,

    Vous disent des bergerettes

    Et des beaux motets nouveaux ;

     

    Ils aiment de coeur entier ;

    Au son de leur turelure,

    Dansent tant que l'été dure,

    Autre ébat n'ont le penser.

    Il n'est si joli métier.

     

     Plaidoyer pour les femmes (extrait)

     

    (...) J'affirme, moi que les femmes n'ont pas les cœurs

    Enclins à cruauté faire

    Car nature de femme est débonnaire.

    Je conclus que tout homme raisonnable

    Doit les femmes priser, chérir, aimer ;

    Qu'il ait souci de ne jamais blâmer

    Celle de qui tout homme est descendu.

    Ne lui soit le mal pour le bien rendu.

    C'est sa mère, c'est sa sœur, c'est sa mie,

    Ne sied pas qu'il la traite en ennemie. 

     

     

    Christine de Pisan

     

     Peinture d'Emile MUNIER (cliquer sur limage pour l'agrandir)


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