• Lettres à un inconnu : extrait 5

     

    L'amour rêvé, celui que seul j'aime, est dans les infimes finesses, les ententes muettes, les compréhensions de la pensée, du sentiment, les délicatesses d'approches, les soins du cœur, les attentions à l'âme.

     

    Steppes  aux horizons immenses,

    Temple au mille piliers et voûtes sombres,

    Mer profonde aux algues mouvantes,

    Dunes silencieuses et neige pure et blanche,

      voilà l'âme que j'aime.

     

    Marianne WEREFKIN

    Lettres à un inconnu

     

    Peinture réalisée par l'auteure


    votre commentaire
  •   

    L’art est une philosophie, c’est une appréciation de la vie, un commentaire de la vie. Si l’art n’était que la création de tableaux, de pièces de musique, de poésies – l’art serait une occupation futile, quelquefois seulement pardonnable. Mais l’art,  c’est un des feux qui éclairent la vie. Sans lui il y aurait un espoir de moins, une désespérance en plus.  (…) 

    La science donne son « comment » aux faits, l’art y met un pourquoi. Le vrai art est celui qui rend  l’âme des choses  et cette âme-là est l'artiste. C'est l'artiste qui fait l'âme des choses, c’est son œil qui l’y met. Voilà pourquoi l’art est personnel et la science ne l’est pas.  La philosophie, la religion, l’amour sont des arts. (…) 

    Artiste est celui qui voit la vie comme un beau tapis aux multiples couleurs, comme un chant sans paroles ou comme un mystère.  Artiste est aussi celui qui voit dans la vie la réalisation constante de quelque goût personnel ou la manifestation d’une force, d’un sentiment indivisibles.  En tous ces cas, artiste est celui qui oppose à la réalité des choses perçues l’irréel de son âme d’artiste,  son goût, sa passion, sa mélancolie, sa joie, sa verve, sa force.

     

    Marianne WEREFKIN

    Lettres à un inconnu (3ème cahier)

     

    Peinture réalisée par l'auteure

     


    votre commentaire
  • Extrait 3

     

    « J’aime l’inconnu, celui qui ne me fait pas la guerre, qui écoute avec intérêt mes contes bleus, qui n’éteint pas une lampe à ma fête, qui ne fane pas mes fleurs. Il s’amuse à regarder les tableaux fantastiques que je lui montre, il ne jette pas ma main quand je la lui donne. Il ne me parle jamais de la vie. Sachant que je n’en veux pas, il me garde mon rêve. Quand je suis malade, il ne s’en va pas, mais à mon chevet me raconte avec la voix de ma mère des histoires  simples si tendres, des histoires qui font doucement pleurer. La nuit quand je pense si ardemment aux questions de l’art et de la vie, il ne me tourne pas le dos. Oh ! misère de vouloir autre chose que tout le monde. Je suis dépaysée dans la vie, je ne comprends pas son langage. »

     

    Marianne Werefkin

    Lettres à un inconnu (1er cahier) 

     

    Peinture réalisée par l’auteure


    votre commentaire
  • Extrait 2

     

    " Et je me souviens que là, là, très loin, un ciel immense et l’océan saluaient mon réveil. J’ai vu bien de belles choses dans ma vie. J’ai vu Venise dans la splendeur d’une nuit de printemps, saturée de lune jusqu’aux derniers replis de ses ruelles tortueuses, avec l’eau mystique de ses canaux, son ciel bleu, ses noires gondoles et ses feux et ses chants. J’ai vu l’Elbrouz (5630 m) à la première aube, tout blanc sur un ciel fantastique que traversait la longue queue d’un météore orange. J’ai vu le Kathec (5050 m dans la chaîne du Caucase) déchirer de sa cime les orages et apparaître immaculé dans la splendeur de ses neiges éclairées de lune. J’ai vu, dans la solitude de Guernesey, hurler l’océan sous l’œil rouge d’un phare, et j’ai vu la Mer Noire chatoyer au soleil, alors que les amandiers en fleurs mettaient sur le ciel leurs fines dentelles. J’ai vu le Brenner assoupi dans la neige et les riantes vallées de Géorgie s’étendre à mes pieds comme un tapis de verdure et de fleurs. J’ai vu à Amsterdam la glorieuse rentrée d’un transatlantique dans la joie d’une rade éclairée de mille feux. J’ai vu aussi la beauté infinie de nos campagnes russes où une âme semble vivre partout, charmant de sa voix. Et de toutes les beautés que j’ai vues, toutes senties et comprises, la plage modeste de Carteret m’est la plus chère, la plus suggestive : c’est là que j’ai aimé."  

      

    Marianne WEREFKIN 

     

    Lettres à un inconnu 

     

    Peinture réalisée par l'auteure 


    votre commentaire
  • L'esprit de solitude de Jacqueline Kelen (extrait)

     

    « Dans la petite enfance, on est aimé et protégé bien plus qu’on aime. Le chemin de la maturité conduit à aimer bien plus que d’être aimé. À aimer « jusqu’à la déchirure, même trop, même mal », comme le chante Don Quichotte par la voix de Jacques Brel. Même sans rien recevoir en retour. Voilà pourquoi l’enfance ne suscite en moi nulle nostalgie : non que j’aie manqué d’affection, mais parce que, à l’image de tous les petits enfants, je recevais ou prenais bien plus que je ne donnais.

    Un individu ne devient intéressant qu’à partir du jour où il s’enquiert d’aimer bien plus que d’être apprécié, choyé ou courtisé. Cela peut advenir à n’importe quel âge, à la faveur d’une épreuve ou d’une illumination de conscience, ou bien jamais. La plupart des humains vivent et meurent « seuls », croient-ils, parce qu’en fait ils n’attendaient que d’être aimés.

    Celui qui aime n’est jamais seul. (…)

    La vie solitaire ressemble à un jardin fleuri : c’est un lieu d’affinités, mais on peut s’y promener seul et s’y sentir heureux sans être accompagné ».

     

    Extrait de L'esprit de solitude (Jacqueline Kelen)

     

    Peinture de Carina John William Godward


    votre commentaire



    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires