• Marguerite Burnat-Provins

     

    Marguerite Burnat-Provins (1872-1952)

    Ses origines hispano-normandes et son exubérance lyrique l'ont fait comparer à Marceline Desbordes-Valmore. Peintre, graveur sur bois, romancière et poète, elle vécut une existence de nomade, travaillant sans répit.

    Le livre pour Toi paru en 1908 est préfacé par Henry Bataille qui y lit "l'aveu conscient le plus ardent qu'on puisse imaginer, le plus ingénu et le plus compliqué à la fois, qu'une femme ait, sans doute, jamais écrit. Pour Emile Faguet, ces chants peuvent être comparés aux Lettres de la Religieuse portugaise et Jean Héritier y voit les poèmes en prose les plus admirables de la littérature. Pourtant, ils ne sont jamais cités dans les anthologies. Le livre pour Toi, Cantique d'été et Poèmes de la Boule de verre témoignent non seulement d'un exubérant érotisme mais d'une adoration charnelle et spirituelle poussée à son paroxysme. C'est l'aveu de la servitude dans l'amour, de l'anéantissement de soi devant l'être aimé. Echappant au contrôle de la raison, la poète confie sa joie et sa douleur à la nature entière, seul décor qui puisse s'accorder avec pareilles effusions du sens et des cœurs. Le rythme est celui d'une passion montant comme une vague qui se gonfle puis se brise soudain dans un gémissement éperdu, lancé entre terre et ciel. Marguerite Burnat-Provins, c'est Vénus qui naît des eaux pour la seule folie d'aimer, qui le dit avec une candide impudeur sur un ton bucolique et élégiaque trouvé par instinct plutôt que par culture.

     

    Je t'aime

     

       Personne ne m'a appris ce mot. Je l'ai senti venir des profondeurs de ma chair, monter de mon sang à mes lèvres et s'envoler vers ta jeunesse et la force féconde qui est en toi.
       Je l'ai entendu sortir de ta bouche avec ivresse. C'est un oiseau doré qui s'est posé sur mes yeux, si doucement d'abord, et puis si lourdement que tout mon être en a chancelé.
       Et je me suis abattue dans tes bras, tes grands bras où je me sens fragile et protégée.
       La parole qui promet et qui livre, la parole sacrée jailli de notre vie ardente, planait sur nos têtes dans un clair rayon. Sylvius ! te souviens-tu ?
       Alors j'ai vu passer l'Heure, l'Heure unique qui nous souriait et levait dans ses mains un caillou blanc.
       Sur sa tunique, une à une, lentement les roses de son front s'effeuillaient.
       J'ai vu cela à travers mes paupières fermées, la joue appuyée contre ton cœur qui marque des secondes éblouis- santes, comme un balancier de rubis. (…)

      

    IV

        Pendant cette minute inoubliable où nous nous sommes aimés plus loin que la terre, plus haut que le ciel, dans un monde resplendissant, j'ai connu toutes les amours.

       Un feu surnaturel les a fondues dans mon cœur, comme en un creuset dévorant.
       J'ai été la mère, la sœur, l'amante ; j'ai été ta chair, ton sang, ta pensée, ton âme emportée vers l'au-delà, vaste et illuminé.
       Ton front s'appuyait au mien ; qu'est-il venu de ta vie vers ma vie dans cet éclair de radieuse pureté ?
       Dis-moi Sylvius, quel dieu puissant nous a prêté alors un moment de sa divinité. (…)

     

    V

        Que mon âme murmure autour de ton âme comme une abeille autour d'un calice parfumé.

       Que mon amour coule dans ton cœur, comme à travers les menthes bleues, la source innocente qui vit au soleil.
       Que ma pensée soit une colombe blanche posée sur ta pensée.
       Et que ta vie se referme sur ma vie, comme le cristal sur la goutte d'eau prisonnière qu'il garde depuis des milliers d'années. (…)

      Le Livre pour Toi 


    2 commentaires
  • Marie Gevers

    Marie Gevers (1883-1975)

    Elle est poète même si après 1930, elle décide de se consacrer exclusivement à la prose ainsi qu'elle l'écrivit dans une lettre : " L'aventure humaine me devenait plus proche, m'intéressait davantage, surtout au point de vue féminin... C'est ainsi que j'ai quitté la poésie pour le roman. Quitté ? Non pas, car la poésie et le sentiment de la poésie occupent une place importante dans mes romans..."

    Rien de plus vrai. Jamais Marie Gevers n'a cessé d'être poète. Elle l'est surtout dans Plaisirs des Météores et dans Vie et mort d'un étang. Si la poésie est un miroir qui saisit les êtres et les choses dans leur signification essentielle, on la trouvera au fond de cet étang qui offre du monde les reflets les plus secrets et les plus magiques.

     

    L'enfant d'avril

    Pour dire ton sourire,

    Je parlerai de choses douces,

    Si légères,

    Qu'on ne sait si elles sont

    Mouvement ou lumière,

    Mousses

    Ou frissons

    De l'eau... chatons de saule,

    Pollens d'avril... cœur d'anémone.

     

    O fleur sauvage, jeune fille,

    Pain du cœur, grâce céréale

    Des blés aux yeux bleuets,

    Et des prés au front camomille,

    J'invente pour toi des noms-épithètes :

    " Jambes-herbes, fleurs-fêtes,

         Rire-coquelicot." 

     

    Peinture : Camille Pissaro


    votre commentaire
  • L'assourdissant silence

    et des vies et des vies et des vies

    ôtées à la vie.


    4 commentaires
  • Quand la pluie s'est arrêtée,

    le chant de l'eau n'a pas cessé.

    Près du fleuve, je me suis arrêtée,

    vers toi coulent mes pensées.

     

    Suka

    Photo du Rhône prise à Lyon (8 mai 2018)

    Pantun cinta (malais) signifie pantoun d'amour 


    3 commentaires
  • Renouant avec l'oralité qui est la source du pantoun malais, Les voix du Pantoun est une première expérience de mise en voix et de sonorisation de pantouns réalisée par Pantoun Sayang - Les Amis Francopohones du pantoun. Une réalisation très réussie que Patricia Houéfa Grange nous présente dans sa note de blog publiée sur Papillons de Mots.  L'intégralité de l'album peut être écouté ici. 

     

    Un extrait - Le dizain des si

    Dizain écrit par Marie-Dominique Cabrières (publié dans l'anthologie Une poignée de pierreries, Editions Jentayu)

    Lu par Armelle Grellier

     

     


    3 commentaires



    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires