• Une seule fleur

    Sur l'épiderme du jour

    Et le ciel tout entier  

    Noyé dans l'encre de ses pétales.

     

    *********

     

     Oiseau dans les jardins du ciel

    Ton aile mélodieuse frôle la terre

    Et nos rêves embrassent ton vol.

    Le souffle du poème se pose

    Sur le bord de tes ailes.

     

    *********

     

    Le ciel se dépouille des pétales de la nuit

    J'irai avec toi mon amour

    J'irai avec toi caresser le jour.

     

    © Claire Lise Coux "Le parfum des daphnés", 2018 

     

      

    Le parfum des daphnés

     

    En vente en ligne ici ou sur simple demande à mon adresse mail ccoux@sfr.fr (9 €, frais de port offerts).       

     


    votre commentaire
  • Janine Couvreur (1934-1958)

    Fauchée à l'aube de son devenir, elle fut professeur de français à l'École Normale de Tournai. Elle nous a laissé une étude critique, La démarche poétique de Paul Éluard, et un livre de poèmes, Feuille ou Marbre, dédiée au professeur qui l'a formée : Émilie Noulet. Janine Couvreur est hantée par l'idée d'un monde où l'être n'échappe ni à ses mesures, ni à sa pesanteur, où rien n'est moins sûr que la durée. Vivre, pour la poète, c'est passer silencieusement devant des visages sans poids, sans présence mais en leur offrant du moins les mots de son âme. C'est ressembler à la feuille qui frôle délicatement une joue, la rafraîchit, puis s'évade loin de la terrestre poussière. Éluard a encouragé la jeune fille dans la voie de l'universelle tendresse soutenue par un verbe ailé. Mallarmé lui a enseigné une impitoyable exigence à l'égard d'une forme que le temps aurait sans doute affermie. Mais tel quel, son langage étonne déjà par sa concision. Il fait apparaître l'image comme la sobriété d'une étoffe fait apparaître l'ouvrage d'un bijou. Même rigueur sur le plan de la vie morale. Marquée par la lecture des philosophes orientaux et de Simone Weil, Janine Couvreur s'est engagée sur le chemin d'une rude discipline. Intransigeance qui meurtrit parfois son extrême jeunesse et donne naissance à des accents déchirants. Pour André Doms, Feuille ou Marbre retrace l'itinéraire spirituel d'une enfance qui débouche sur la vie active et prend conscience aigüe de sa navrante impuissance. Le 7 février 1958, Janine Couvreur est retrouvée inanimée dans son bain où elle a succombé à une hydrocution.

    Dans ses vers d'une cristalline pureté se dessinent les prémices d'une expérience mystique qui n'a pu s'épanouir.

     

    Au cœur des choses

     

    L'aube est venue

    mouiller mes lèvres

    et baiser mes doigts d'écaille

    avec l'étoile

    au cœur des chansons descendues.

     

    L'aube est venue

    au vent des sables

    parler de cerceaux jaunes

    et de musique

    éclose au duvet des oiseaux.

     

    Les rues s'en vont

    à l'abandon

    et les yeux clos dans un nuage

    on voit

    les contes et les chansons

    marcher sur les maisons.

     

    Oh ! S'il faut vivre

    j'ai des histoires pour les enfants

    et des sables d'étoile !

    J'ai des voiliers au fond des mers

    et des lumières

    au collier de mon rire.

     

    Réalité

     

    Laisse au loin jouer les anges

    avec les enfants dans le ciel,

    les rêves glauques au fil des mers

    imaginaires

    et les cils de lumière

    de tes yeux entr'ouverts.

     

    Laisse les printemps, les bois verts

    et tous les regrets des hivers,

    les aubes vieillissantes en leur violon froid

    et les pleurs qui se nichent au glacis des fontaines.

     

    L'oiseau a trop de poids

    mais tu as trop de rêves.

    Laisse l'enfant baiser tes lèvres

    et jouer dans ton rire avec ses mains de fièvre,

    tous les chemins te suivent

    et tu vas plus vite qu'eux !

     

    Va,

    souffle tous les mots de ton âme,

    tes pas

    tes pas ont le bruit des aurores

    qui font se lever les soleils.

     

    Pareille encore

     

    Semblable à mes raisons de croire,

    pareille encore à nos silences,

    et sans confiance, toi,

    pareille aux vents des saisons mortes,

    encore toi,

    encore les saisons,

    sentir naître nos givres, nos hivers, sentir

    un premier geste sourdre

    autour de notre absence.

    Encore les saisons.

    Sentir mourir notre âge.

     

    Je parle pour mieux te comprendre, je passe

    l'arbre, la route, je retrouve

    l'eau blanche des naissances, les villes,

    les foules descendues aux nervures des vents,

    les pierres pour bondir dans les creux des carrières

    et tressaillir en rides dans les mares.

     

    Je parle pour mieux te comprendre,

    toi, pareille à mes mots,

    pareille à mes raisons de croire,

    j'ajoute un silence au silence

    et je mesure ma solitude à ma confiance.

     

    Dessin : Picasso  

     


    votre commentaire
  •  


    votre commentaire
  • Anne-Laure Cartier

    Anne-Laure Cartier vit à Rome où elle a été professeur de lettres au lycée français avant d’enseigner à l’université italienne. Poète, nouvelliste et critique littéraire, elle a aussi publié des entretiens avec des écrivains. " Poésie belle et grave, poésie de la célébration comme de la sensualité d'une femme exilée en elle-même et qui tente de concilier, par le verbe, esthétique et chant essentiel."

     

    L'exilé

     

    Ai-je oublié les bois

    Les forêts de l'automne

    Les forêts de chez moi

    Les grandes tristesses humides

    Sous la mousse discrète et douce

    Le parfum de l'écorce

    Et les grandes racines amoureuses de la terre ?

     

    Être vaguant et avide

    Amer conquérant de l'horizon

    Ai-je oublié le chuchotement des clairs-obscurs

    Et le silence des grands arbres ?

     

    À toujours marcher vers le soleil

    Fasciné par ses flammes sauvages

    J'ai laissé mes yeux brûler

    Et ne distingue plus à présent

    Les nuances subtiles

    Des tons pastels

     

    À trop écouter le vacarme des villes

    Je ne sais plus entendre

    Le joyeux essoufflement des herbes naissantes

    Et le rire des sources furtives

     

    Comment rejoindre les grands bois

    Et mes souvenirs épars sous les feuilles mortes ?

    Je n'ose pas même regarder en arrière

    Comment prendrais-je le chemin du retour ?

     

    (Eaux médiatrices, 1983) 

     

    Peinture : Berthe Morisot

     


    1 commentaire
  • Lettre à un inconnu - Extrait 7

     

    Il est une chose que ma nature ne supporte pas, que seul le mot allemand Knechtschaft (servitude) sait rendre. Tout droit de possession sur ma personne physique ou morale me fait bondir. Librement, de mon gré, je me donne sans marchander. Dès que je sens la main qui veut me prendre, je la mords. La liberté, c'est le fond de mon moi. Libre - je sers, prise - je tyrannise. Cette ardeur de la liberté, je l'ai eue en moi du premier jour de ma vie. Pour être libre, je suis prête au martyre. La plus belle cage, celle de l'amour, me fait fuir. Jamais je n'ai voulu être à  quelqu'un. Tout ce qu'on m'impose me dégoûte. Je suis à celui qui ne m'a jamais eue. J'ai servi mon père jusqu'à un entier sacrifice de moi-même, parce qu'il m'a laissée libre. Sa mémoire m'est sacrée, parce que de lui j'ai eu ma liberté. L'amour, le sacrifice, la vocation, je ne les comprends que libres.  "Frei und rein bin ich in meinem wahn" (libre et pure je suis dans ma folie). Voici les mots de mon moi. Je déteste la morale parce que c'est l'assujetissement de mon moi à quelque chose qui n'est pas moi.  

    Marianne WEREFKIN

    Lettres à un inconnu 

     

    Peinture de l'auteure


    1 commentaire



    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires