• Raïssa Maritain (1883-1960)

    Raïssa Maritain (1883-1960)

    Rencontre prodigieuse que celle du philosophe thomiste, Jacques Maritain et de la jeune Israélite Raïssa Oumançoff, originaire de Rostoff-sur-le Don en Russie. Elle eut lieu à la Sorbonne en 1902. Les jeunes gens se marient en 1904 et reçoivent le baptême en 1906. Léon Bloy est leur parrain.

    Que ce couple, si étroitement uni, ait connu la même faim de Dieu, que l’épouse ait étudié La Somme de Saint-Thomas, dès 1908, un an avant son époux, qu’ils aient composé ensemble plusieurs livres (parmi lesquels Art et Scolastique et Situation de la Poésie) nous importent davantage que les péripéties de leur existence, leurs voyages et même les noms de leurs amis précieusement consignés dans un important volume Les Grandes Amitiés. Les aventures terrestres de pareilles âmes sont peu de chose au regard de l’itinéraire spirituel que retracent leurs livres.

    Auteure de  six ou sept volumes en prose, Raïssa Maritain est aussi, on l’ignore trop souvent, un poète. Son langage ailé s’élève surtout vers le Ciel. Sensible à douceur du monde et à l’humaine détresse et misère, elle se sent parfois un cœur en suspens entre deux univers. Mais le calme et le sourire quittent rarement cette « bénédictine médiévale », que l’écoulement du temps afflige peu. Georges Cattaui affirme que « la sagesse des contemplatifs a toujours habité ce cœur juvénile et mal guéri de l’enfance » .

      

    LE QUATRIEME JOUR

     

    J’ai vu la terre en sa beauté native

     

    Elle émergeait de l’océan fleuri

     

    Partout des arbres aux verdures vives

     

    Composaient de clairs paradis

     

      

    (Ainsi le songe nous emporte

     

    Bien loin de tous les temps connus

     

    Il ouvre ses portes dorées

     

    Sur des spectacles abolis)

     

      

    Je traversais des espaces immenses

     

    Sans nul effort emportée et ravie

     

    En moi naissaient les rythmes de la danse

     

    Et les voix de la mélodie

     

      

    Vers moi venaient les bois et les prairies

     

    Et les gazons nommés dans la Genèse

     

    Et les fleuves roulant sans bruit

     

    Et les monts colorés de neige

     

      

    Un air pensif flottait dans la lumière

     

    Comme un gai visage rêveur

     

    Des chants élevaient leurs vagues légères

     

    Mais invisibles étaient les chanteurs

     

      

    Sans nul désir et toute amour donnée

     

    Je reposais dans la pleine envolée

     

    De toutes choses vers le Créateur

     

    Dans l’unité se tenait le bonheur

     

      

    La joie montait – ivresse transparente

     

    Rose de feu dans le souffle du vent

     

    Seul mon cœur était lourd de connaissance

     

    Et du poids de notre sang

     

      

    Des mots nouveaux jaillissaient de mes lèvres

     

    De saveur infinie et de sens éternel

     

    Un hymne intelligible émanait de la terre

     

    Langage d’avant la brisure de Babel

     

      

    Mais les ondes de la connaissance

     

    Sont venues me frapper en retour

     

    Entre la science et la nescience

     

    L’âme désaccordée

     

    Je m’éveillai au sixième jour.

     

     

    Photo : Raïssa Maritain  

     


  • Commentaires

    1
    Mardi 21 Août à 19:05

    Raïssa, quel joli prénom !

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