• Un matin d'avril

     

    D’abord une longue vague mouvante,

    la ville est étonnamment absente,

    je suis immobile

    il monte l'escalier.

     

        

    Un matin d’avril dans la ville encore vide 

    La lumière est transparente, presque liquide

     

    Je traverse une place, encore calme à cette heure matinale, je goûte son espace, je m’emplis de son silence. Je frissonne un peu sous la brise fraîche. Je salue de grands arbres, leurs feuillages sont encore hésitants, des grappes de lumière dansent dans les branchages. Au rythme d’un pouls régulier la brise va et vient.

     

    Un matin d’avril, calme et lumineux à peine habité de cette brise légère qui va et qui vient.

     

    La lumière est transparente, presque liquide

    La ville, étonnamment vide

     

    Je suis en haut de l’escalier qui descend au métro.

    Je m’arrête pour laisser sortir le flot des voyageurs. Je suis en haut de l’escalier, immobile.

     

    Un flot de visages inconnus monte

    Comme une longue vague mouvante

    La ville est étonnamment absente

     

    Je suis immobile, la vague s’élève vers le jour qui se lève, la lumière est liquide, la ville étonnamment vide.

     

    Je suis immobile. Il monte l’escalier,

    ses yeux sont encore baissés.

     

    Je n’ai pas le temps de détailler ses traits, à peine le temps de le voir. La lumière bascule dans un tournoiement soudain et la vague s’efface. Je vois ses yeux, seulement ses yeux.

    La vague se défait dans la lumière liquide.

    Ses yeux se posent sur le velours rose de mon blouson. Puis montent à mes yeux. Son regard s’illumine. Nos yeux se happent, s’enlacent.

    La même attraction et la lumière bascule et la lumière tournoie.

    La même interrogation, la même hésitation

    et le matin entier tournoie.

    Il me frôle et le vertige s’empare de moi.

    Je suis toujours immobile en haut de l’escalier. Au rythme précipité de mon pouls, je sens le sol se dérober, se dérober.

    Tout va très vite et pourtant le vertige n’en finit pas.

    Happée, incapable de bouger, j'absorbe sa lumière, je bois son sourire.

    Je suis toujours immobile, la lumière se referme sur moi, je sens sa présence transparente, presque liquide.

    Mon pouls ne ralentit pas.

    Tout va très vite, sa lumière m’habite, et déjà il n’est plus là.

    Je suis toujours immobile devant l’escalier vide.

    La brise va et vient au rythme de mon pouls déréglé.

    La ville commence à s’éveiller.

    Je vais m’engouffrer dans l’escalier,

     

    laisser là-haut la lumière liquide d’un matin d’avril, la lumière transparente d’un matin d’avril

    normal, parfaitement normal.

     

    Pensée particulière pour Patricia et ses conseils d'écriture  

     

    Peinture : Sonia Delaunay 


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  • L'assourdissant silence

    et des vies et des vies et des vies

    ôtées à la vie.


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  • Quand la pluie s'est arrêtée,

    le chant de l'eau n'a pas cessé.

    Près du fleuve, je me suis arrêtée,

    vers toi coulent mes pensées.

     

    Suka

    Photo du Rhône prise à Lyon (8 mai 2018)

    Pantun cinta (malais) signifie pantoun d'amour 


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  • Patricia Houéfa Grange a lu Kemenyan

    KEMENYAN

    Claire Lise Coux, avril 2017

    Lulu.com

    The Book Edition

     

    J'ai réuni dans mon ouvrage Kemenyan des pantouns que j'ai écrits de façon discontinue entre 2014 et 2017. Patricia Houéfa Grange qui est poète et écrit de magnifiques pantouns (voir ma note de lecture sur son dernier ouvrage Pantouns et autres poèmes du retour) a lu Kemenyan et a publié sur son blog de poésie Papillons de mots la  note de lecture que je reproduis ci-dessous.

    Merci infiniment Patricia pour tes mots qui me touchent et m'honorent. Merci également à Pantun Sayang d'avoir publié cette note de lecture dans la revue Pantouns n° 20.

     

    Note de lecture de Patricia Houéfa Grange

    Se répand l’encens,
    se consument les grains.
    De cet amour naissant,
    je pressens déjà la fin.

    Claire-Lise Coux a décidé de donner le titre Kemenyan à son premier recueil de pantouns. Kemenyan signifie « encens » en malais et ce choix est parfait pour cet ensemble de textes. En effet, une fois qu’on le referme, les mots s’envolent, s’évaporent comme un bâton d’encens consumé, et reste le parfum, dans le coeur et l’âme. Le souvenir et l’empreinte de ce qui a disparu, mais vit encore au fond de nous.

    Et c’est bien là un des thèmes de prédilection de Claire-Lise Coux. Même si ici elle n’a fait que réunir tous ses pantouns, sans fil rouge particulier, ce dernier s’est tissé de lui-même pour imprégner ce Kemenyan de ses fragrances. Nostalgie et mélancolie face au temps écoulé, à l’enfance disparue, à l’amour évanoui.

    Un nuage saupoudre d’ombre
    le sommet de la montagne.
    Ce fado dans la pénombre
    c’est ton coeur qui s’éloigne.

    Et pour mieux apprivoiser et traverser ce spleen, se raccrocher aux mots et à la poésie :

    Les flamants roses
    suivent la marée descendante.
    Poésie ou prose,
    j’écris sous la lune montante.

    Plaisir à retrouver dans ce recueil des pantouns lus précédemment dans la revue Pantouns de l’AFP-Pantun Sayang ou l’anthologie Une poignée de pierreries publiée par Pantun Sayang et Jentayu.

    Plaisir également à découvrir les magnifiques tableaux du peintre chinois Wu Guanzhong qui accompagnent délicatement les pantouns de Claire-Lise.

    Un très bel ouvrage que l’on prend plaisir à faire brûler régulièrement. Il est d’un noir lumineux.

    Noirs vibrants
    des tableaux de Soulages.
    Noir envoûtant
    des mots sur la page.


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