• Pernette du Guillet (vers 1520 - 1545)

    On sait peu de choses de la courte vie de Pernette du Guillet. Sa date de naissance est approximative, 1518 ou 1520.

    Elle naît dans une famille noble. Belle blonde aux yeux bleus, elle épouse vers 1538 un gentilhomme de Lyon avec lequel elle s’entend bien.

    Elle rencontre Maurice Scève, chef incontesté de l’école lyonnaise, au printemps 1536 – il a alors trente-cinq ans et elle en a seize – et devient son élève. Leur amour impossible devient la source d'inspiration de ses poèmes, publiés de façon posthume par son mari en 1545 sous le titre Rymes de gentille et vertueuse dame, Pernette du Guillet. La plupart de ses vers ont été écrits pour être mis en musique et chantés. Quant à Maurice Scève, il publie en 1544 Délie, un recueil de poèmes qu'il lui dédie sans la nommer.

    Elle meurt à 25 ans lors d'une épidémie de peste.

    Ce qui rattache à jamais Pernette de l’ami dont elle a respecté la personnalité au point de ne pas vouloir être son amante, c’est la parenté de leur démarche : «  cette même fusion nuptiale de la connaissance et de la sensualité » (Thierry Maulnier).

    La survie de deux œuvres où se découvre, aujourd’hui encore, la ressemblance des deux amants, n’est–ce pas, après tout, cette victoire de l’amour sur le temps dont avait tant rêvé Pernette ?

     

    Quand vous voyez, que l'étincelle 

    Du chaste Amour sous mon aisselle

    Vient tous les jours à s'allumer, 

    Ne me devez-vous bien aimer ?

      

    Quand vous me voyez toujours celle,

    Qui pour vous souffre, et son mal cèle, 

    Me laissant par lui consumer, 

    Ne me devez-vous bien aimer ?

     

    Quand vous voyez, que pour moins belle 

    Je ne prends contre vous querelle, 

    Mais pour mien vous veux réclamer, 

    Ne me devez-vous bien aimer ?

      

    Quand pour quelque autre amour nouvelle

    Jamais ne vous serai cruelle,

    Sans aucune plainte former,

    Ne me devrez-vous bien aimer ?

      

    Quand vous verrez que sans cautelle 

    Toujours vous serai été telle 

    Que le temps pourra affermer, 

    Ne me devrez-vous bien aimer ? 

     

    Rymes de gentile, et vertueuse dame D. Pernette Du Guillet, Lyonnoise,  

    Edité à Lyon  par Jean de Tournes, 1545 

     

    Pernette du Guillet


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  •  

    Philiberte de Fleurs (écrivait vers 1540)

    Elle était veuve, lorsqu'elle exalta - en cinq cents vers ! - les vertus de son époux disparu, le sieur de Marteray, Jehan de La Bauline. Accompli et parfait, le décrit-elle. Qu'elle est mignonne lorsqu'elle dit sa foi en l'homme pour qui elle se pensait destinée ! Pour lui seul réservée et choisie ! ... Pour autant, Philiberte convola en secondes noces avec le seigneur de Pisay. Il n'est pas exclu que ce soit par opposition à son nouveau mari que le premier ait pris à ses yeux tant d'éclat. 

    Elle est l'auteure des Soupirs de la Viduité dont voici un extrait.

     

    Mon cœur, surpris d'une extrême tristesse,

    Fait, ô mon Dieu, qu'à toi ma voix j'adresse,

    Te suppliant n'avoir à déplaisir,

    Si, par ces vers, faits à peu de loisir,

    Je tâche au vrai d'exprimer et d'écrire

    Ce que mon coeur affligé ne peut dire,

    Puisque je suis privée de celui

    Qui était mien, et moi seule pour lui,

    Seule pour lui réservée et choisie,

    Pour, de tous points, vivre à sa fantaisie.

    ... Etant pourvu d'un bon entendement,

    S'était acquis un parfait jugement

    En Poésie, ès accords de musique

    Puisés au fond de la mathématique.

    Bref, il était accompli et parfait,

    Chacun l'a pu connaître par effet ;

    Car s'il voulait se commander de faire

    Quelque discours de sérieux affaire,

    Il en sortait, au grand étonnement

    De qui l'oyait plus attentivement.

    Moi donc, étant heureusement réduite

    Sous son pouvoir, par sa sage poursuite,

    Lui obéis l'espace de dix ans,

    Avecques l'heur (1) qu'ores plus je n'attends :

    J'attends plutôt de voir finir ma vie

    Par ce regret, qui, fâcheux, m'y convie.

    Mais de quoi sert ce triste lamenter ?

    Le Ciel l'a pris, le Ciel se peut vanter

    D'avoir acquis, en son brillant empire,

    Un astre beau, que l'on verra reluire,

    Quand Jupiter, rendant le temps serein,

    Voudra ouvrir sa libérale main.

    ... Jamais bon cœur, aimant sans fiction,

    Ne peut souffrir, sans démonstration,

    Une douleur extrêmement cruelle, 

    Comme j'éprouve, et la puis dire telle,

    Ayant perdu tout l'espoir de mon mieux,

    Comme mon cœur témoigne par mes yeux.

    Or, ai-je beau me fâcher et me plaindre,

    Sans toi, mon Dieu, je ne saurai restreindre

    L'œil fontaineux, ruisselant cette humeur,

    Qui ne permet receler ma douleur...

     

    (in Bibliothèque française, 1772)

     (1) Bonheur

       

    Philiberte DE FLEURS

    Peinture de Jean-Baptiste Corot


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