• Le dit de la cueilleuse de Patricia Houféa Grange

    Le dit de la Cueilleuse
    Recueil poétique
    Patricia Houéfa Grange

    Ngo Editions, Collection « Esprit Mwènè », 2017

     

    « Cueilleuse de simples

     Simplement cueilleuse

     (…)

     Cueilleuse de mots

     Simplement poète »

     

    Comment évoquer cet ouvrage de Patricia Houéfa Grange sans craindre de ne pas savoir en exprimer la quintessence lumineuse, l’harmonie intérieure, les subtiles correspondances qu’elle établit entre le dehors et le dedans ?

    Ce recueil a quelque chose de fascinant, il happe le lecteur de bout en bout, je dirai même qu’il l’hypnotise.

    Car ici, nous ne venons pas seulement cueillir des mots, nous venons à la rencontre des mouvements de l’âme de la poète qui nous invite comme le disait Goethe à regarder « les choses qui sont derrière les choses ».

     

    « Dentelle graphique de chlorophylle

     La valse du lierre

    Suit-elle le fil de mes pensées ? »

     

    « Oiseaux perchés telles des notes

    Sur la portée de mes pensées

    Harmonie d'automne »

     

    De ses déambulations, Patricia Houéfa Grange nous ramène des brassées d’instants précieux, de moments intimes, sensuels, d’échanges avec les arbres, les fleurs, les oiseaux, la lune et l’ensemble du cosmos, de métamorphoses.

      

    (extrait de Trois feuilles de thé)

     

    « Etre en peau à peau avec les sensations

    L’infusion dévale les sentiers intérieurs

    La rosée parcourt le visage

    Piéger dans ces trois feuilles

    Le reliquat concentré des ressentis

    Osmose avec le cosmos »

     

    Les surgissements émotifs sont partout et tour à tour, Patricia Houéfa devient arbre, oiseau, fleur, papillon, fille de la lune, île, planète. Elle a cette étonnante faculté « d’accueillir le don de l’éphémère » et, avec la grâce prodigieuse de ses mots, de relier l’infime à l’intime. Sa poésie est légère comme un souffle, comme un coquelicot dans le vent. Rien ne l'alourdit, pas même la ponctuation ici absente  comme si la ponctuation aussi pouvait disparaître, s’évanouir, comme tout ce qui existe ici-bas.

     

    Frêle  

    « Accueillir le don de l’éphémère

    La fragilité de ce qui s’évanouit

    Ou meurt

    A peine esquissé

    A peine effleuré

    La beauté gracile de ce qui a tout juste

    Le temps d’exister

    La grâce du moment »

     

    La poète ne se contente pas de regarder, elle écoute aussi.

     

    Signaux 

    « Cri de mer

    Traverse le ciel en flèche

    Les grues sont de retour »

     

    Volcan, extrait  

    « Sortir des mois de gel

    Silence froid soudain brisé

    Par des chants presque oubliés » (…)

      

    Etourneaux, extrait

     

     (…) Grands cris de torrent

    Chants d’eau qui roule sur pierre (…)

    Arbres et vignes peuplés de bavardages stridents

    Soudain    Silence    Nuée    Envol

    Mer noire portée par la voix du vent »

      

    Mais Patricia est avant tout poète, elle rêve de « mots à toucher », elle s’ancre dans « la terre blanche du papier ».

     

    Nourritures

     

    « Se réveiller avec sur la langue le goût souffle de la parole

    Aspirer le sang des mots

    Dévorer la chair des poèmes

    Communion avec l’essentiel »

     

    Graine  

     

    « Dans la terre blanche du papier

    Je sème quelques taches d’encre

    Et je regarde l’arbre pousser »

     

    Ce qui étonne, tout au long de son ouvrage, c’est la perspicacité de son regard, c’est tout ce qu’elle est capable de voir, les choses cachées, voilées, invisibles. Ce qui étonne, c’est qu’elle en fait un « maelstrom » d’émotions aussi profondes que subtiles. Une lecture de son ouvrage ne suffit pas, tant il est dense, riche, touffu. On en ressort étrangement apaisé comme si Patricia Houéfa nous montrait le chemin, celui qui mène à « habiter poétiquement la terre » comme le disait le grand poète Hölderlin.

     

    Nuit lumineuse

     

     

    « Lune pleine

     

    Manteau de neige

     

    Pages blanches de la terre et du ciel

     

    Se reflètent l’une l’autre

     

    En leurs miroirs mutuels

     

    Et déversent un élixir opalescent

     

    Dans la maison aux feux éteints

     

    Je peux écrire comme en jour plein

     

    Sur la feuille vierge

     

    Que m’offre cette nuit »

     

     

    Vague

     

     

    « Les papillons volent doucement

     

    Telles des virgules

     

    Rythmant le flux incessant

     

    De l’éphémère » 

     

     

    Aurore

     

    « Regarder le soleil qui se lève lentement

     

    Prière qui se diffuse dans le ciel

     

    Infusée par les nuages »


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  • Patricia Houéfa Grange a lu Kemenyan

    KEMENYAN

    Claire Lise Coux, avril 2017

    Lulu.com

    The Book Edition

     

    J'ai réuni dans mon ouvrage Kemenyan des pantouns que j'ai écrits de façon discontinue entre 2014 et 2017. Patricia Houéfa Grange qui est poète et écrit de magnifiques pantouns (voir ma note de lecture sur son dernier ouvrage Pantouns et autres poèmes du retour) a lu Kemenyan et a publié sur son blog de poésie Papillons de mots la très belle note de lecture que je reproduis ci-dessous.

    Merci infiniment Patricia Houéfa pour tes mots qui me touchent et m'honorent.

     

    Note de lecture de Patricia Houéfa Grange

    Se répand l’encens,
    se consument les grains.
    De cet amour naissant,
    je pressens déjà la fin.

    Claire-Lise Coux a décidé de donner le titre Kemenyan à son premier recueil de pantouns. Kemenyan signifie « encens » en malais et ce choix est parfait pour cet ensemble de textes. En effet, une fois qu’on le referme, les mots s’envolent, s’évaporent comme un bâton d’encens consumé, et reste le parfum, dans le coeur et l’âme. Le souvenir et l’empreinte de ce qui a disparu, mais vit encore au fond de nous.

    Et c’est bien là un des thèmes de prédilection de Claire-Lise Coux. Même si ici elle n’a fait que réunir tous ses pantouns, sans fil rouge particulier, ce dernier s’est tissé de lui-même pour imprégner ce Kemenyan de ses fragrances. Nostalgie et mélancolie face au temps écoulé, à l’enfance disparue, à l’amour évanoui.

    Un nuage saupoudre d’ombre
    le sommet de la montagne.
    Ce fado dans la pénombre
    c’est ton coeur qui s’éloigne.

    Et pour mieux apprivoiser et traverser ce spleen, se raccrocher aux mots et à la poésie :

    Les flamants roses
    suivent la marée descendante.
    Poésie ou prose,
    j’écris sous la lune montante.

    Plaisir à retrouver dans ce recueil des pantouns lus précédemment dans la revue Pantouns de l’AFP-Pantun Sayang ou l’anthologie Une poignée de pierreries publiée par Pantun Sayang et Jentayu.

    Plaisir également à découvrir les magnifiques tableaux du peintre chinois Wu Guanzhong qui accompagnent délicatement les pantouns de Claire-Lise.

    Un très bel ouvrage que l’on prend plaisir à faire brûler régulièrement. Il est d’un noir lumineux.

    Noirs vibrants
    des tableaux de Soulages.
    Noir envoûtant
    des mots sur la page.


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  •  

    "Pantouns & autres poèmes du retour", un recueil de poésie de Patricia Houéfa Grange (mars 2017)

     

    Après 9 années d'absence, Patricia revient dans son pays de naissance, celui où elle a grandi.

     

    " Après neuf ans d'absence

    Je traverse les rues de ma naissance

    les rues de mon enfance, de mon adolescence

    Le tracé n'a pas beaucoup changé

    mais l'allure n'est plus la même

    Je connais

    mais je ne reconnais pas (...) "

     

    Beaucoup de ce recueil est dit dans ces quelques lignes. Patricia revient au Bénin avec tous ses souvenirs de jeunesse mais le réel la rattrape. Patricia a choisi de nous faire partager ce retour au pays natal avec de nombreux pantouns et ses photos. Son recueil, je le lis et le relis avec toujours beaucoup d'émotion. Même si je n'ai pas connu cette expérience très personnelle qu'elle relate avec une plume d'une grande précision, je peux aisément comprendre ce qu'elle ressent. Car ses poèmes ont un pouvoir très fort, ils sont beaux mais pas seulement : ils racontent une histoire qui lui appartient mais qui peut faire écho à notre propre histoire. N'avons-nous pas tous connu des lieux que nous avons aimés quand nous étions enfant et que nous n'avons pas retrouvés à l'identique plus tard ? Tout comme nous pourrions le faire, Patricia se débat avec ses souvenirs, elle essaie de poser sur les  lieux qu'elle a aimés "le calque de ses souvenirs." Mais, écrit-elle, "ça ne matche pas." Et elle en veut à Cotonou, cette ville qu'elle ne reconnaît pas vraiment et qu'elle redécouvre, Cotonou, à laquelle elle s'adresse comme à une personne :

     

    (...) "Cotonou me toise : Eh, je ne suis plus ton petit bébé chéri hein,

    pendant que tu n'étais pas là, j'ai grandi ooo.

    J'ai la tête qui s'éventre

    Cotonou, tu me fatigues,

    Cotonou, tu me stresses,

    Cotonou, tu me saoules !

    Eh Cotonou, tcho hui dé, sinon je vais te frapper hein !

    Eh Cotonou ! " (...)

     

    Mais finalement Patricia parvient à "enterrer ses ombres", à "manger ses fantômes", à "lever son verre de tchakpalo aux horizons du Cotonou nouveau." De ce deuil, Patricia renaît et "son sang pulse à nouveau au diapason de son ombilic". 

    Ce livre est profondément émouvant.

    Il nous transporte aussi dans un monde de saveurs où la cuisine a  une grande importance. La cuisine mais aussi les matières et les couleurs des innombrables tissus, "batik, wax, lessi, acho oké" ou les cheveux qu'on "défrise, tisse, tresse" ou la langue fon qui donne une si belle sonorité aux textes de Patricia. Ce livre nous fait voyager au Bénin et quand on le referme, on a presque le sentiment qu'on en revient.

     

    "La terre rocailleuse du pays mahi

    accouche du manioc et de l'igname.

    Délayée ou pâte savoureuse, le gari

    nourrit l'entêtée Savaloise corps et âme."

     

    "Sous la pierre à écraser

    oignons et épices deviennent condiment.

    Par la chaleur écrasé

    maquis Pili-Pili, délicieux piment."

     

    Je te félicite Patricia Houéfa, - j'oublie souvent ton deuxième prénom - , pour ce bel ouvrage sensible, sensuel aussi, où se mélangent tant d'émotions parfois douloureuses, parfois délicieuses mais toujours si justes.

    Et je te félicite aussi pour la beauté de tes pantouns que je ne me lasse pas de relire. 

     

    "Tombée au cœur de l'herbe verte

    la fleur de frangipanier rouillée.

    Marchant à la redécouverte

    dans l'ombre des souvenirs émoussés ."

     

    "Dans la nuit, le tam-tam bat d'orgueil, 

    accompagne l'âme du vieux défunt.

    Apaisés, corps et cœur font le deuil

    de tout ce qui est défunt."

     

    Pantouns et autres poèmes du retour, de Patricia Houéfa Grange, éditions Mariposa  

     

    Pantouns & autres poèmes du retour de Patricia Houéfa Grange


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  •  

    C'est un très bel ouvrage que j'ai eu le plaisir de recevoir en cadeau et qui m'a éblouie. Simone Aubry-Vernay sait avec brio évoquer la Grèce à travers ses mots, ses dessins ou ses peintures. La Grèce est là, blanche, bleue, ocre, silencieuse, hiératique, impressionnante et on se noie dans ses eaux et on se perd dans ses ciels. On chemine avec les ânes qui "joignent les oreilles pour prier", on "déchiffre dans la pierre les messages usés par le temps", on s'éveille dans "la blancheur architecturale ponctuée du point carminé des coupoles de Kalimera". Le voyage est somptueux, les mots de Simone Aubry-Vernay touchent au cœur et ses dessins nous accompagnent pour longtemps. 

     

    Extraits :

      

    La Grèce que j'aime de Simone Aubry-Vernay

    Dessin et texte de Simone Aubry-Vernay : cliquer sur l'image pour lire le texte

     

    Météores

     

    Nids d'aigles monastiques

    Orthodoxie défiant le vide

    appel du regard sur

    ces roches agressives

    pour

    duels spirituels

    comment

    atteindre

    ces sommets ?

     

    La Grèce que j'aime de Simone Aubry-Vernay

    Dessin de Simone Aubry-Vernay

     

    Poli Oreo

     

    Rues blanches

    maisons

    composant dans le ciel

    des sculptures

    fragmentées d'ombre

    des peintres découragés

    iront s'aveugler

    de blanches surfaces

    les dieux ironiques

    maîtres de tout l'espace

    posent en touches subtiles

    leur signature

    de poussière

    sur le marbre des yeux.

     

    La Grèce que j'aime de Simone Aubry-Vernay

    Cliquer sur l'image pour lire le texte de Simone-Aubry

     

    Nostalgie

     

    J'ai perdu trop vite

    la manne de ces vacances

    grecques

    au pays retrouvé

    des hommes trop pressés...

    Pourtant

    la vague bleue

    dans l'éther des dieux

    danse

    encore

    dans la grisaille des pluies

    berce le rêve...

    Un rêve tellement beau

    qu'impossible à gommer

    tellement grand

    qu'impossible à garder

    pour soi.

     

    La Grèce que j'aime de Simone Aubry-Vernay, Thoba's éditions, 2016


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