• Marie DAUGUET

     

    Marie DAUGUET (1860-1942)

    Cette poétesse est presque oubliée. Il s'agit pourtant d'une des plus grandes voix du début du  vingtième siècle, l'une des premières femmes à entrer dans la prestigieuse et ô combien masculine revue du "Mercure de France". Rémy de Gourmont, Francis Carco l'ont soutenue. Il est difficile de comprendre pourquoi elle ne suscite pas plus d'intérêt.

    Marie Dauguet fait paraître son premier ouvrage, La naissance du poète, en 1897. Elle collabore à plusieurs revues : Mercure de France, Minerva, La Fronde, Revue Hebdomadaire, La Plume, Poésia... Quoique vivant à l'écart, au milieu de la nature, sa grande inspiratrice, elle connaît les milieux littéraires et fait quelques séjours parisiens. L'Académie française couronne son recueil Par l'amour en 1906.

    Préfaçant son recueil Par l'amour (1904), Rémy de Gourmont souligne : "D'instinct, Marie DAUGUET fraternise avec la vie végétale et c'est là qu'elle prend ses rimes et ses métaphores, sa philosophie et sa mélancolie." Cette poétesse, qui est aussi peintre et pianiste, a vécu en pleine terre en Haute-Saône et dans les Vosges et s'affirme un de nos meilleurs poètes de la nature, sans artifices.

     

    L'ancienne croix percluse...

     

    L'ancienne croix percluse à la croisée des routes

    Qui tend ses bras de mousse au gris de l'horizon ;

    Sur le chaume rasé que la lune veloute,

    Fume l'herbe qu'on brûle à l'arrière-saison.

     

    Souffle, vent de douceur au travers de la plaine ;

    Il semble que tu aies peur de parler tout haut,

    Sous les yeux de la lune aux lueurs de phalène

    Qui emmèle ses feux aux branches des bouleaux.

     

    La rivière aux clapotements charmants qui marche,

    Reflète les peupliers brumeux des pâquis

    Et voit danser la lune incertaine sous l'arche

    De ce vieux pont bossu dans la vase accroupi.

     

    Deux chèvres, près de nous, front haut, broutent les ronces ;

    Mes coudes sur le dos basané du vieux pont,

    Je m'abandonne au songe où la glèbe s'enfonce,

    A celui de la lune en fuite sous les joncs.

     

    *****************

     

    Ce n'est rien, c'est la vie 

     

    Ce n'est rien, c'est la rive,

    Contre laquelle bat le cœur craintif de l'eau ;

    C'est un oiseau, pleurant, perdu dans les roseaux ;

    C'est en nous du chagrin que ce soir doux avive.

     

    Ce n'est rien, c'est un astre,

     Seul au bord du ciel vide et qui brille en tremblant ;

     C'est le soupir voilé des peupliers bleuâtres,

     De quelque rêve épars au travers de mon sang.

     

    Ce n'est rien, c'est la vie,

     Avec tous ses désirs dupés et son effort ;

     C'est toi, c'est l'élément, la nature asservie

     Et qui tente - vers quoi ? - ce douloureux essor. 

     

    Marie DAUGUET

    Peinture de Louis Janmot


  • Commentaires

    1
    Samedi 27 Août 2016 à 12:02

    Bonjour Claire-Lise,

    grâce à votre visite sur mon blog, j´ai pu découvrir le votre que j´adore déjà !

    @+

     

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