• Lettre à un inconnu : extrait 1

    Marianne von Werefkin (1860-1938)

     

    " Quand on a dit j'aime on est sur le point de ne plus aimer (…). Le doute est la douceur de l'amour. A l'état de doute l'amour est forgeur de chimères, invraisemblable dans ses suppositions, incohérent, illogique, tout au moment donné, pour un rien il dérange la marche de l'histoire, les sciences exactes lui sont peu de choses, il n'est pas de miracle qu'il ne puisse croire vrai. La langue hypocrite des humains appelle cela avoir de l'intérêt pour quelqu'un. La langue artiste de l'amour, si soigneuse des formes, trouve cent noms à la chose. Du cœur qui aime à celui qui doit lui répondre, les mensonges cumulent les mensonges. La douce joie de voir briller à votre vue des yeux que vous ne voulez pas indifférents se change en désir de les voir là toujours devant soi, ces yeux qui toujours doivent briller. Oh ! mensonge des mensonges. Posséder un amour, c'est perdre. Toujours est en amour le chemin vers le jamais plus. La raison, en amour, c'est raffiner le mensonge, c'est de l'inventer et ne jamais viser à la réalisation. C'est de serrer doucement des doigts qui frémissent et ne pas vouloir les toucher. C'est, allant la nuit par de sombres allées, sentir l'amour battre follement de l'aile, et ne pas le toucher. Aimer c'est deviner et ne pas connaître, c'est inventer et ne pas approfondir, surtout ce n'est rien demander, mais laisser tout venir. " (...)    

     

    Marianne WEREFKIN 

    Lettres à un inconnu  

     

    Peinture réalisée par l'auteure


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