• Les béguines

    Les béguines

     

    Au XIIe et XIIIe siècles, les ordres religieux n'arrivaient plus à faire face à l'afflux des vocations féminines. C'est une des raisons qui firent naître, principalement dans l'ouest de l'Europe, des communautés appelées béguinages. Les femmes qui s'y réfugiaient obéissaient à des règles écrites mais ne prononçaient pas de vœux. L'art et la mystique de certaines béguines témoignent d'un sens réel de l'élévation : Aleydis (brûlée en 1236 à Cambrai), Sainte Marie d'Oignies, Mechthilde de Magdebourg, la flamande Hadewijch d'Anvers, Marguerite Porete (brûlée en 1310 à Paris), Julienne de Cornillon et la béguine anonyme (appelée aussi la béguine française).

     

    Hadewijch d'Anvers (XIIIe siècle)

    Par-delà les siècles, cette femme de génie continue à nous parler.

    Hadewijch d’Anvers était un être de feu. Un être dévoré par un désir taraudant, d’une inimaginable intensité : le désir d’atteindre ce qu’elle appelait la « fruition », cette jouissance où l’être échappe à ses limites, transporté par une exultation, un amour extrême, proprement indicibles. Mais cette transfiguration consume une telle énergie qu’elle ne peut durer. Assez vite l’être retombe dans l’ordinaire des jours. Toutefois, ce qu’il a vécu était d’une si rare violence qu’il est repris par le désir de le vivre à nouveau. Commence alors l’attente, cette autre forme de la brûlure.

    Pour peu qu’on sache l’écouter, on l’entend nous dire des choses fondamentales sur l’expérience intérieure – celle qui passe par la naissance à soi-même et ouvre sur la plus exigeante des aventures. De sa voix ferme et claire, elle nous exhorte à vivre avec rectitude et nous enjoint : « Hâtez-vous d’aimer. »

     

      

    Marguerite Porete (1250-1310)

    Chef-d'œuvre  de la première littérature mystique de langue française, Le Miroir des âmes simples et anéanties, révèle une richesse spirituelle qui place son auteur, Marguerite Porete, dans la lignée de Saint Bernard, Maître Eckhart ou Hadewijch d'Anvers. Du cœur de l'expérience religieuse la plus radicale - Dieu est Amour - Marguerite Porete pose les questions qui, de l'Évangile au rationalisme moderne, ont façonné l'âme occidentale : l'Amour vrai est-il soumis à autre chose qu'à lui-même ? Fût-ce à la morale ? À la religion ? À Dieu même ? La force et l'audace de ces interrogations qui, en 1310, conduiront Marguerite Porete au bûcher de l'Inquisition traversent les siècles à la rencontre de tous ceux qui, aujourd'hui comme hier, "fin Amour demandent". 

     

    « Penser ici ne vaut plus rien, ni œuvrer, ni parler. 

     Amour me tire si haut (penser ici ne vaut plus rien)  par ses divins regards, que je n'ai nul désir. 

    Penser ici ne vaut plus rien, ni œuvrer, ni parler. 

    Amour m'a fait, en sa noblesse trouver les vers de ma chanson. 

    Elle chante la pure divinité dont Raison ne saurait parler, et mon unique bien-aimé : 

    Il n'a point de mère mais il est issu de Dieu le Père, et aussi de Dieu le Fils. 

    Son nom est le Saint Esprit : 

    Mon cœur lui est tellement uni qu'il me fait vivre dans la joie. 

    Le bien-aimé, en ce qu'il m'aime, me donne ici sa nourriture. 

    Je ne veux rien lui demander, car ce serait grande malice. 

    Je dois plutôt toute me fier en cet amour de mon amant... » 

     

    « Ne rien savoir, ne rien vouloir, ne rien avoir.

    Cette âme voit sa propre lumière

    Au point sublime où se fait l'union

    Aussi se plaît-elle au plaisir de Celui

    Auquel elle est unie.

    Je fus avant de sortir de Dieu

    Aussi nue que lui est,

    Oui, aussi nue que j'étais lorsque j'étais

    Celui qui n'était pas. »

     

    La béguine anonyme (ou la béguine française) – Fin du XIIIe siècle

     

    On sait peu de choses à son sujet : l’endroit où elle vivait – aux environs de Lille – et ses trois Dits de l’âme dont les manuscrits se trouvent à Berlin. L’amante extasiée s’y languit de l’amant céleste, se sent martyrisée par lui et goûte avec une même volupté les consolations et les châtiments qui lui viennent de Lui. Selon Bechmann, son commentateur, ce langage de la passion frise la démence érotique qui ne peut être éprouvée que par des femmes. Peu importe le caractère, morbide ou non, de ces chants subtils. Ils sont lancés avec un mélange d’espoir et d’appréhension vers un ciel où la paix promise succédera enfin à l’angoisse.

     

    Dits de l’âme (extraits)

     

    Savez-vous ce qu’est béguinage ?

    C’est garder conscience peu lâche

    Pieuse et dévote affection,

    Oter de son cœur tout l’herbage

    Qui à l’esprit fait grand dommage

    Et sentir Dieu dans l’oraison.

    Deux larmes de contrition

    Et trois de grand’compassion

    Valent tout l’or qui en mer nage ;

    Mais celui de dévotion

    Ne saurait estimer nul hom (homme)

    S’il ne fait de Dieu son manage (séjour)

      

    Béguines, qui ces vers oyez,

    Si vous gémissez et pleurez

    De ce que vous n’êtes lassus (là-haut)

    Par Dieu soyez réconfortées !

    Sachez que c’est Sa volonté

    Que soyez encore ici jus (ici-bas)

    D’autant que vos cœurs seront plus

    En amour brûlant, com’ je fus,

    D’autant plus belles en serez ;

    C’est la couleur qu’il aime plus

    Car lui-même en est revêtu.

    En cela lui ressemblerez.  

     

    Lire aussi LA SPIRITUALITE AU FEMININ, LES BEGUINES 


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