• Eugénie de Guérin

    Eugénie de Guérin

     

    Eugénie de Guérin (1805-1848) 

    L'existence d'Eugénie de Guérin se déroula au château de Cayla, partagée entre les soins du ménage, la lecture et les occupations pieuses. Un voyage à Toulouse, deux dans le Nivernais et à Paris sont les seuls évènements qui aient troublé le rythme de journées presque monacales.  Ayant perdu sa mère à 14 ans, la jeune fille se consacra entièrement à sa famille. Sœur admirable, elle s'associa étroitement au destin de son frère, Charles de Guérin, le futur poète.

    Dans sa vie isolée, "cette fauve charmante, grandie comme Sainte Geneviève parmi les pastours" s'accordait la joie de se confier à son Journal. Celui-ci parut 14 ans après sa mort et les 8 premières éditions en furent épuisées en 16 mois. Eugénie y avoue avoir renoncé à la poésie parce que Dieu le lui demandait, ce qui limite hélas ! le nombre de ses poèmes. Pourtant "cette Marthe de l'Evangile était poète, dit Barbey d'Aurevilly, et l'on peut répondre qu'elle l'était toujours". Sa phrase ne trahit jamais l'effort. De son propre aveu, il est en elle d'écrire comme à la fontaine de couler. Sa prose est tissée d'images lumineuses, de verbes ailés, de phrases arachnéennes. Elle tire de mille riens - d'un oiseau qui passe, d'un bouton de rose, de l'eau savonneuse, du feu qui s'anime - une atmosphère d'émerveillement et de féerie. Dans ses vers resplendissent tour à tour la pudeur et l'humilité de la jeune fille, la ferveur et l'élévation d'une mystique. La pureté du langage reflète bien celle d'un cœur qui n'a vécu que de se donner à autrui et au Seigneur.

    La poésie d'Eugénie de Guérin se découvre autant dans sa prose que dans ses vers. Qui a lu sa Correspondance et son Journal n'oubliera plus cette atmosphère où les choses concrètes ne semblent rapportées que pour mieux percevoir l'irréalisme magique dont elles sont environnées. 

    ... J'ai fait cette nuit un grand songe. L'océan passait sous nos fenêtres. Je le voyais, j'entendais ses vagues roulant comme des tonnerres, car c'était pendant une tempête que j'avais vu la mer ; et j'avais peur. Un ormeau qui s'est élevé avec un oiseau chantant dessus m'a détournée de la frayeur. J'ai écouté l'oiseau : plus d'océan et plus de songe.

     

    ... Une journée passée à étendre une lessive laisse peu à dire. C'est cependant assez joli que d'étendre du linge blanc sur l'herbe ou de le voir flotter sur les cordes. On est, si l'on veut, la Nausicaa d'Homère ou une de ces princesses de la Bible qui lavaient les tuniques de leurs frères. Nous avons un lavoir, que tu n'as pas vu à la Moulinasse, assez grand et plein d'eau qui embellit cet enfoncement et attire les oiseaux qui aiment le frais pour chanter...

     

    Que mon désert est grand, que mon ciel est immense !

    L'aigle, sans se lasser, n'en ferait pas le tour ;

    Mille cités et plus tiendraient en ce contour ;

    Et mon cœur n'y tient pas, et par delà s'élance.

    Où va-t-il ? Où va-t-il ? Oh ! Nommez-moi le lieu !

    Il s'en va sur la route à l'étoile tracée ;

    Il s'en va dans l'espace où vole la pensée ;

    Il s'en va près de l'ange, il s'en va près de Dieu !...

     

    Une gazelle errant

    S'abrite en cette tour

    Et l'hirondelle y chante,

    Y chante nuit et jour. 

     

    Oh ! qu'il est doux, lorsque la pluie à petit bruit tombe des cieux, d'être au coin du feu, à tenir des pincettes, à faire des bluettes ! C'était mon passe-temps tout à l'heure ; je l'aime fort : les bluettes sont si jolies ! Ce sont les fleurs de cheminée. Vraiment il se passe de charmantes choses sur la cendre et, quand je ne suis pas occupée, je m'amuse à voir la fantasmagorie du foyer. Ce sont mille petites figures de braise qui vont, qui viennent, grandissent, changent, disparaissent, tantôt anges, démons cornus, enfants, vieilles, papillons, chiens, moineaux : on voit de tout sous les tisons. Je me souviens d'une figure portant un air de souffrance céleste qui me peignait une âme en purgatoire. J'en fus frappée et aurais voulu avoir un peintre près de moi. Jamais vision plus parfaite. Remarque les tisons et tu conviendras qu'il y a de belles choses et, qu'à moins d'être aveugle, on ne peut pas s'ennuyer auprès du feu. Ecoute surtout ce petit sifflement qui sort parfois de dessous la braise comme une voix qui chante. Rien n'est plus doux et plus pur, on dirait que c'est quelque tout petit esprit du feu qui chante.

     

    (Journal et fragments, 1862)


  • Commentaires

    1
    Jeudi 3 Mai à 17:34

    Les hirondelles sont de retour ! :)

     

     

    2
    Jeudi 3 Mai à 18:35

    Et je les entends presque chanter... 

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