• Elisa MERCOEUR

     

    Elisa MERCOEUR (1809-1835)

     

    S'il est un destin tragique, c'est celui d'Elisa MERCOEUR. Native de Nantes, née de père inconnu, dès l'âge de douze ans elle commença à travailler, donnant des leçons pour vivre et faire vivre sa mère. A dix-sept ans, elle écrivait ses premiers poèmes. Tout semblait devoir favoriser son avenir : belle, douée, aidée personnellement par Guizot, encouragée par Chateaubriand qui lui prédisait la célébrité et par Lamartine qui croyait en son étoile, elle connut le succès qui lui tourna la tête. Mais l'intérêt suscité par ses brillants débuts ne tarda pas à faiblir. On cessa de publier ses poèmes, sa tragédie Boabdil fut refusée par le Théâtre Français, ses ressources allèrent en diminuant. Sa fragile santé ne résista pas à ces épreuves. Minée par les échecs, la maladie et la misère, elle mourut à vingt-six ans. Sa mère, une mère abusive s'il en fut, harcela les écrivains et les personnages importants pour obtenir les moyens de publier ses Œuvres complètes. Elle les préfaça longuement. Elisa eut-elle le pressentiment de sa courte destinée ? Elle écrit avec fébrilité, l'âme ferme, la pensée sûre, en état d'urgence. La souffrance physique lui inspire une attitude stoïcienne qui ne manque pas de grandeur. Même lorsqu'ils s'élèvent à des considérations philosophiques, ses vers gardent de l'aisance, du charme et de la fermeté.

     

    La feuille flétrie

    Pourquoi tomber déjà, feuille jaune et flétrie ?
    J'aimais ton doux aspect dans ce triste vallon.
    Un printemps, un été furent toute ta vie,
    Et tu vas sommeiller sur le pâle gazon.

    Pauvre feuille ! il n'est plus, le temps où ta verdure
    Ombrageait le rameau dépouillé maintenant.
    Si fraîche au mois de mai, faut-il que la froidure
    Te laisse à peine encore un incertain moment !

    L'hiver, saison des nuits, s'avance et décolore
    Ce qui servait d'asile aux habitants des cieux.
    Tu meurs ! un vent du soir vient t'embrasser encore,
    Mais ces baisers glacés pour toi sont des adieux.

     

    (Œuvres complètes, 1843) 

     

    Elisa MERCOEUR

    Peinture de James Tissot


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