• Clara d'ANDUZE

     

    Clara d'Anduze (début du treizième siècle)

    Cette descendante des seigneurs d'Anduze, de Sauve et d'Alais, aima un troubadour originaire de Montpellier, Uc de Saint-Cirq, amour partagé. Des "lozengiers" (traîtres) jaloux du bonheur des amants, réussirent à le troubler. Uc quitta sa bien-aimée pour une autre femme avant de s'en repentir dans une canso intitulée Anc mais non vi. Clara, la délaissée, pleura en vers sur son sort avec l'accent véridique et persuasif des "trobairitz" (troubadours). Sa plainte composée des purs joyaux de ses larmes est d'une profonde nostalgie. Elle est une des dernières à chanter en ce début du treizième siècle où la ruine des seigneurs du Midi, frappés par les barons du Nord, va porter un coup mortel à la prodigieuse efflorescence de la littérature provençale.

     

    Protestation de fidélité

    En grand émoi, pénible tourment et lourde incertitude, ont mis mon cœur les "losangiers" (1) et les soupçonneux, perfides dénigreurs d'amour et de joie. A cause d'eux, vous que j'aime, et bien plus que ma vie, vous voici loin de moi ; ils m'ont privée du bonheur de vous voir. Ah ! j'en mourrais de douleur et colère !

    On blâme en vain l'amour que j'ai pour vous ; aucun sermon ne peut changer mon cœur, ni mon amour sans cesse grandissant, ni mon désir, non plus ma douce envie. Tout être humain, fût-il mon ennemi, me devient cher s'il dit du bien de vous ; s'il vous dessert, il a beau faire ensuite : il ne saurait devant moi trouver grâce.

    Ne craignez point, jamais, mon bel ami, que j'aie un cœur félon qui vous trahisse, que je vous quitte et prenne un autre amant, quand m'en prieraient toutes les nobles dames. Amour me tient en votre cher bailliage : je veux garder pour vous un cœur loyal. Si de mon corps j'étais aussi maîtresse, tel en jouit qui jamais ne l'aurait.   

    Ami, tant j'ai amer souci de ne pas vous revoir, que, voulant chanter, je pleure et je pleure. Et mon plus beau poème reste en mon cœur et ne sera pas lu.

    (1) flatteurs

     Sculpture : Camille Claudel

     

    Clara d'Anduze

    Echo poétique :

    Je vous invite à lire La déchirure, lettre à Clara d'Anduze de Lionel Bourg ici


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