• Christine de Pisan

     

    Christine de Pisan (1364-vers 1430)

    Très érudite, elle est la première des femmes savantes et des femmes auteures Son père, qui est conseiller de Charles V, la marie à Estienne du Castel alors qu'elle n'a que 15 ans. Devenue veuve à 25 ans, après 10 années de parfait bonheur auprès de son mari, elle se jette dans l'étude pour oublier son chagrin. Elle devient la première femme à vivre de sa plume. Elle écrit 12 livres en prose et près de 400 poèmes. Seule, face à la société, Christine de Pisan se mesure avec elle et prend conscience de la situation précaire de la femme, du tort que lui ont fait les médisances et les sarcasmes du moyen âge. Elle réclame pour ses sœurs une réhabilitation morale, une instruction plus poussée et une révision de la situation juridique des veuves et des célibataires. Elle est la première théoricienne du féminisme moderne. Parmi ses poèmes d'amour, il faut distinguer ses exercices d'amour courtois, dictés par le souci de satisfaire sa clientèle de seigneurs, et ceux où elle trahit l'âme de la veuve inconsolable, véritables poèmes-cris particulièrement bouleversants. 

     

    La fille qui n'a point d'ami

     

    A qui dira-t-elle sa peine,

    La fille qui n'a point d'ami ?

     

    La fille qui n'a point d'ami,

    Comment vit-elle ?

    Elle ne dort jour ni demi

    Mais toujours veille.

    Ce fait amour qui la réveille

    Et qui la garde de dormir.

     

    A qui dira-t-elle sa pensée,

    La fille qui n'a point d'ami ?

     

    Il y en a bien qui en ont deux,

    Deux, trois ou quatre,

    Mais je n'en ai pas un tout seul

    Pour moi ébattre.

    Hélas ! mon joli temps se passe,

    Mon téton commence à mollir.

     

    A qui dira-t-elle sa pensée,

    La fille qui n'a point d'ami ?

     

    J'ai le vouloir si très humain

    Et tel courage

    Que plus tôt anuit que demain

    En mon jeune âge

    J'aimerais mieux mourir de rage

    Que de vivre en un tel ennui.

     

    A qui dira-t-elle sa pensée,

    La fille qui n'a point d'ami ?

     

    Chanson de la pastoure 

     

    Il n'est si joli métier

    Que de mener en pâture

    Ses agneaux sur la verdure,

    Jamais je n'en changerai.

     

    Qui verrait ces bergerettes

    Et ces plaisants pastoureaux

    S'entr'aimer par amourettes,

    Tresser des fleurs en chapeaux,

     

    Il dirait qu'il n'est sentier

    Ni voye qui soit si pure,

    Jamais d'autre n'aurait cure

    Mais s'en voudrait contenter ;

    Il n'est si joli métier.

     

    Ces pastours sur leur musette,

    Au gazouillis des oiseaux,

    Vous disent des bergerettes

    Et des beaux motets nouveaux ;

     

    Ils aiment de coeur entier ;

    Au son de leur turelure,

    Dansent tant que l'été dure,

    Autre ébat n'ont le penser.

    Il n'est si joli métier.

     

     Plaidoyer pour les femmes (extrait)

     

    (...) J'affirme, moi que les femmes n'ont pas les cœurs

    Enclins à cruauté faire

    Car nature de femme est débonnaire.

    Je conclus que tout homme raisonnable

    Doit les femmes priser, chérir, aimer ;

    Qu'il ait souci de ne jamais blâmer

    Celle de qui tout homme est descendu.

    Ne lui soit le mal pour le bien rendu.

    C'est sa mère, c'est sa sœur, c'est sa mie,

    Ne sied pas qu'il la traite en ennemie. 

     

     

    Christine de Pisan

     

     Peinture d'Emile MUNIER (cliquer sur limage pour l'agrandir)


  • Commentaires

    1
    miouchka
    Mardi 20 Juin à 11:34

    Ces peintures et poèmes sont splendides, tout autant  que la poésie de vos pentouns, Claire Lise , je ne me lasse pas de les lires, du rythme de mots, et les retombées sont harmonieuses, telles des goutelettes de rosée , celles-ci viennent rafraîchir l'âme, d'autant qu'il n'est pas aisé , de jongler avec les mots de la sorte, et l'aboutissement est tellement beau , c'est toujours pour moi surprenant, et une vrai délice à lier ...Bravo vraiment...

    2
    Mardi 20 Juin à 18:21

    Merci Miouchka, c'est toujours pour moi un grand plaisir de savoir que ce blog, qui n'est pas dans l'air du temps, arrive à toucher de belles âmes. Quant à mes pantouns, cela me ravit qu'ils soient comme des gouttelettes de rosée, tout en légèreté et raffinement ; jongler avec les mots, c'est parfois simple et immédiat, comme une illumination, et parfois plus difficile et il faut beaucoup écrire, beaucoup refaire, sans se décourager. Merci du fond du cœur pour ce commentaire qui me touche infiniment.

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