• Catherine Pozzi

    Catherine Pozzi (1882-1934)

     

    L'ardeur de Louise Labé et la luminosité concrète de Paul Valéry - avec lequel Catherine Pozzi eut une liaison tumultueuse -  expliquent la beauté de son œuvre courte et dense, éloignée du provisoire, où l'âme flirte avec l'attente du "très haut" (qui n'est pas Dieu) pour retrouver son unité. L'épouse du dramaturge Edouard Bourdet mourut jeune après des années de maladie (tuberculose), de drogue et de souffrance. Elle ne publia qu'un seul poème de son vivant : Vale.

      

    Nova

     

    Dans un monde au futur du temps dont j’ai la vie
    Qui ne s’est pas formé dans le ciel d’aujourd’hui,
    Au plus nouvel espace où le vouloir dévie
    Au plus nouveau moment de l’astre que je fuis
    Tu vivras, ma splendeur, mon malheur, ma survie
    Mon plus extrême cœur fait du sang que je suis,
    Mon souffle, mon toucher, mon regard, mon envie,
    Mon plus terrestre bien perdu pour l’infini.

     

    Évite l’avenir, Image poursuivie !
    Je suis morte de vous, ô mes actes chéris
    Ne sois pas défais toi dissipe toi délie
    Dénonce le désir que je n’ai pas choisi.

     

    N’accomplis pas mon jour, âme de ma folie, —
    Délaisse le destin que je n’ai pas fini.

     

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     Nyx 

     

    A Louise aussi de Lyon et d'Italie 

     

       Ô mes nuits, ô noires attendues 

    Ô pays fier, ô secrets obstinés 

    Ô longs regards, ô foudroyantes nues 

    Ô vol permis outre les cieux fermés. 

    Ô grand désir, ô surprise épandue 

    Ô beau parcours de l'esprit enchanté 

    Ô pire mal, ô grâce descendue 

    Ô porte ouverte où nul n'avait passé 

    Je ne sais pas pourquoi je meurs et noie 

    Avant d'entrer à l'éternel séjour. 

    Je ne sais pas de qui je suis la proie. 

    Je ne sais pas de qui je suis l'amour.

     

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    Très haut amour, s'il se peut que je meure sans avoir su d'où je vous possédais,

    En quel soleil était votre demeure

    En quel passé votre temps, en quelle heure je vous aimais,

     

    Très haut amour qui passez la mémoire,

    Feu sans foyer dont j'ai fait tout mon jour,

    En quel destin vous traciez mon histoire,

    En quel sommeil se voyait votre gloire,

    Ô mon séjour...

     

     

     Catherine Pozzi

     Peinture de Berthe Morisot

     


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