• Antoinette DESHOULIERES

     

    Antoinette Deshoulières (1638 ? - 1694)

     

    C'est la première femme à avoir été élue membre d'une académie de France (académie d'Arles, en 1689). La première "académicienne", celle pour qui le nom fut inventé. Elle était belle, instruite et douée, ne se souciait que de vivre à sa guise, de satisfaire son appétit de savoir et de plaisir. Elle connaissait le latin, l'espagnol et l'italien, dansait à ravir et faisait de l'équitation. Elle tint un salon, fut mêlée à la Fronde. Mais sa vie s'assombrit dans les dernières années. Elle connaît la misère et souffre d'un cancer du sein. C'est un esprit original, accessible au sentiment de la relativité de toute chose ici-bas. Elle a exprimé bien des réflexions, graves, vraies, amères, qui tendent à démasquer la vanité de la nature humaine.

    Réflexions diverses

     

    Pourquoi s'applaudir d'être belle ?

    Quelle erreur fait compter la beauté pour un bien ?

    A l'examiner, il n'est rien

    Qui cause tant de chagrin qu'elle.

    Je sais que sur les cœurs ses droits sont absolus,

    Que tant qu'on est belle on fait naître

    Des désirs, des transports et des soins assidus :

    Mais on a peu de temps à l'être

    Et longtemps à ne l'être plus.  

     

    *********************

     

    On croit être devenu sage,

    Quand, après avoir vu plus de cinquante fois

    Tomber le renaissant feuillage,

    On quitte des plaisirs, le dangereux usage :

    On s'abuse. D'un libre choix,

    Un tel retour n'est point l'ouvrage ;

    Et ce n'est que l'orgueil dont l'homme est revêtu,

    Qui, tirant de tout avantage,

    Donne au secours de la vertu

    Ce qu'on doit au secours de l'âge.

     

    ********************

     

    Misérable jouet de l'aveugle fortune,

    Victime des maux et des lois,

    Homme, toi qui par mille endroits

    Dois trouver la vie importune,

    D'où vient que de la mort tu crains tant le pouvoir ?

    Lâche, regarde-la sans changer de visage ;

    Songe que, si c'est un outrage,

    C'est le dernier à recevoir.

     

    Le ruisseau (extraits)

     

    Ruisseau, nous paraissons avoir un même sort ;

    D'un cours précipité nous allons l'un et l'autre,

    Vous à la mer, nous à la mort.

     

    ... Courez, ruisseau, courez ; fuyez-nous ; reportez

    Vos ondes dans le sein des mers d'où vous sortez ;

    Tandis que, pour remplir la dure destinée

    Où nous sommes assujettis,

    Nous irons reporter la vie infortunée,

    Que le hasard nous a donnée,

    Dans le sein du néant d'où nous sommes sortis.

     

    Antoinette Deshoulieres

     Peinture : John William Waterhouse (cliquer sur l'image pour l'agrandir)


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