• Anna de NOAILLES

     

    Anna de NOAILLES (1876-1933)

    Anna de Noailles mène une vie privilégiée. Elle reçoit son instruction presque entièrement au foyer familial, parle l'anglais et l'allemand et a une éducation tournée vers les arts, particulièrement la musique et la poésie. La famille passe l'hiver à Paris et le reste de l'année dans sa propriété, la Villa Bessaraba à Amphion, près d'Évian sur la rive sud du lac Léman.

    La poésie d'Anna de Noailles témoignagera de sa préférence pour la beauté tranquille et l'exubérance de la nature des bords du lac.

     En 1897, Anna épouse, à l'âge de 19 ans, le comte Mathieu de Noailles. Le couple, qui fait partie de la haute société parisienne de l'époque, aura un fils, le comte Anne Jules.
     
    Anna de Noailles fut la muse et entretint une liaison avec Henri Franck, normalien et poète patriote proche de Maurice Barrès.
     
    Elle fut également rendue responsable du suicide, en 1909, du jeune Charles Demange, un neveu de Maurice Barrès qui éprouvait pour elle une passion qu'elle ne partageait pas.
     
    Au début du vingtième siècle, son salon de l'avenue Hoche attire l'élite intellectuelle, littéraire et artistique de l'époque parmi lesquels Edmond Rostand, Francis Jammes, Paul Claudel, Colette, André Gide, Maurice Barrès, René Benjamin, Frédéric Mistral, Robert de Montesquiou, Paul Valéry, Jean Cocteau, Léon Daudet, Pierre Loti, Paul Hervieu, l'abbé Mugnier ou encore Max Jacob, Robert Vallery-Radot et François Mauriac. C'est également une amie de Georges Clemenceau.
     
    En 1904, avec d'autres femmes, parmi lesquelles Jane Dieulafoy, Julia Daudet, Daniel Lesueur, Séverine et Judith Gautier, fille de Théophile Gautier, elle crée le prix « Vie Heureuse », issu de la revue La Vie heureuse qui deviendra, en 1922, le prix Femina récompensant la meilleure œuvre française écrite en prose ou en poésie. Elle en est la présidente la première année et laisse sa place l'année suivante à Jane Dieulafoy.
     
    Elle meurt en 1933 et est inhumée au cimetière du Père-Lachaise à Paris mais son cœur repose dans l'urne placée au centre du temple du parc de son ancien domaine d'Amphion-les-Bains.
     
    Elle fut une romantique à la sensation débridée. La présence physique de la nature, ses états d'âme, l'éblouissement devant le plaisir, la mort sont ses thèmes favoris. Sa poésie est classique mais son sens aigu des détails, l'intensité de ses appels, sa musicalité pure la rendent irremplaçable. 
     
    Jean Rostand disait d'elle : " Elle était plus intelligente, plus malicieuse que personne. Ce poète avait la sagacité psychologique d'un Marcel Proust, l'âpreté d'un Mirbeau, la cruelle netteté d'un Jules Renard. "

     

    La conscience
     
    Incorruptible azur, déesse lumineuse,
    Puisque vous avez bien voulu me visiter,
    Je remettrai mon cœur entre vos mains soigneuses
    Pour que vous le guidiez, par les nuits ténébreuses,
    Au chemin de l'exacte et claire vérité.

    Avant que vous vinssiez, ma grande camarade,
    Ma vie était encore, à son tendre levant,
    Amoureuse d'éclat, de lustre et de parade
    Comme un cygne qui fuit l'eau sage de la rade
    Pour monter sur la mer et danser dans le vent.

    L'essaim voluptueux des heures turbulentes
    Venait, en bondissant, à moi comme un chevreuil ;
    J'ai détourné mes yeux de leur foule galante,
    Et j'ai guéri pour vous mon âme violente
    Du péché de colère et du péché d'orgueil.

    Vous serez dans mon cœur comme une forteresse
    Et je serai l'archer qui veille dans la tour,
    Vous serez au pays profond de ma tendresse,
    Entre les jardins verts de mes fines ivresses,
    La route de soleil sans ombre et sans détour.

    Ô vous dont la pudeur est peureuse et fragile,
    Vous serez dans mon cœur belle comme un lac bleu,
    Et vous verrez passer sur votre onde tranquille,
    Pareils à des pigeons dont la blancheur défile,
    Mes désirs obstinés, vaillants et scrupuleux...
     
     

    Le temps de vivre

     
    Déjà la vie ardente incline vers le soir,
     Respire ta jeunesse,
    Le temps est court qui va de la vigne au pressoir,
     De l'aube au jour qui baisse,

    Garde ton âme ouverte aux parfums d'alentour,
     Aux mouvements de l'onde,
    Aime l'effort, l'espoir, l'orgueil, aime l'amour,
     C'est la chose profonde ;

    Combien s'en sont allés de tous les cœurs vivants
     Au séjour solitaire
    Sans avoir bu le miel ni respiré le vent
     Des matins de la terre,

    Combien s'en sont allés qui ce soir sont pareils
     Aux racines des ronces,
    Et qui n'ont pas goûté la vie où le soleil
     Se déploie et s'enfonce.

    Ils n'ont pas répandu les essences et l'or
     Dont leurs mains étaient pleines,
    Les voici maintenant dans cette ombre où l'on dort
     Sans rêve et sans haleine ;

    — Toi, vis, sois innombrable à force de désirs
     De frissons et d'extase,
    Penche sur les chemins où l'homme doit servir
     Ton âme comme un vase,

    Mêlé aux jeux des jours, presse contre ton sein
     La vie âpre et farouche ;
    Que la joie et l'amour chantent comme un essaim
     D'abeilles sur ta bouche.

    Et puis regarde fuir, sans regret ni tourment
     Les rives infidèles,
    Ayant donné ton cœur et ton consentement
     À la nuit éternelle.

     

    Anna de NOAILLES

    Peinture : Françoise de Felice

     

    Vidéo : la voix d'Anna de Noailles, comme si vous étiez dans son salon...

     

     


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