• Aliette Audra (1897-1962)

    Aliette Audra (1897-1962)

    Edmond Jaloux louait Aliette Audra d'avoir su donner "un style éternel aux choses de la vie visible et invisible qui n'en posséderaient pas sans elle". Peut-être est-ce cette disposition d'âme qui explique sa prédilection pour les Sonnets from the Portuguese d'Élisabeth Barrett Browning qu'elle a traduits en français.

    Les poèmes d'Aliette Audra surprennent par la diversité de leur inspiration. Il suffit d'une ombre, d'une image, d'un souvenir pour qu'elle se confie avec ardeur au gré de sa fantaisie. Jusqu'au moment où son extrême réserve la pousse à livrer uniquement la quintessence des choses ou à les enrober de vocables flous et allusifs. Elle apparaît alors enveloppée de brumes, un rien farouche et lointaine. Transcrivant des songes où tombent des pétales de roses et des plumes de cygnes, cette princesse sortie d'un conte d'Andersen ne ressemble pas à celles de Perrault. C'est parce que sa poésie a fréquemment le son du jamais dit en France, qu'on lui pardonne d'être inégale et parfois trop précieuse.

     

    EN BOIS DE BOULEAU

     

    Le Prince de Suède m'a donné un oiseau

    Plus petit que ma main et en bois de bouleau.

    Il chante si je veille il se tait si je dors.

    Couleur de colza mûr plutôt que bouton d'or.

     

    Avec son long dos lisse et du blanc sur sa tête

    Qu'il a pris au nuage en volant, à la crête

    Des monts les plus aigus, je l'aime quand il chante,

    Mais parfois il est triste et alors il m'enchante : 

     

    Il réserve sa voix comme un souffle sur l'eau

    Se retient d'avancer, la mienne va si haut

    Qu'elle joindra peut-être au large de la Suède

    En vibrant sur l'or blond de ce plumage tiède

    La tristesse d'un prince encerclé de roseaux,

    Qui ne viendra jamais qu'à travers son oiseau.

     

    UNSAID

     

    Les mots qu'on ne peut jamais dire

    Se promènent dans l'air du temps,

    Ils ont chaud, ils ont froid ou pire

    Ils ont peur d'un nouveau printemps.

     

    Les mots qu'il faudra toujours taire

    S'ils devenaient des grains de blé

    On s'agenouillerait par terre,

    Pour bénir les sillons comblés.

     

    O tenez-vous bien à distance

    Des mots qui seraient éclatants

    Si vous leur donniez la licence

    De tout brûler en existant.

     

    Les mots qui resteront silence

    Contenaient les plus beaux instants.

     

    LE CYGNE ET LA ROSE

     

    Je vous avais fait signe avec la rose,

    Rouge, pour vous fleurie à fleur de cœur.

    Mais le grand silence étant de rigueur

    Et tout juste avant que la nuit soit close

     

    Vous m'avez fait, vous, signe avec le cygne

    Que vous regards nonchalamment désignent,

     

    Dont blanche était l'ombre au loin sur les eaux.

    Mon geste fut celui de l'amitié

    Qui tremble toujours que vous en doutiez.

    Et le vôtre, imprécis comme l'oiseau

     

    Qu'efface la brume disait : "Adieu"

    Sans le dire et sans indiquer le lieu

    D'aucun revoir. Que faire des pétales

    D'une rose par vous abandonnée ?

    Elle reste là entre nous, donnée

    Mais inutile, et l'oiseau, une pâle

    Disparition.

     

    O si quelque chose

    Pouvait faire effeuiller la rouge rose

     

    À vos doigts négligents, ce serait signe

    Que vous plaît son doux velours végétal...

    Je ne sentirai plus même où j'ai mal

    Et loin je m'en irais, avec le cygne.

     

    Peinture : Daniel Ridgway Knight  


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