• Lettre à un inconnu - Extrait 7

     

    Il est une chose que ma nature ne supporte pas, que seul le mot allemand Knechtschaft (servitude) sait rendre. Tout droit de possession sur ma personne physique ou morale me fait bondir. Librement, de mon gré, je me donne sans marchander. Dès que je sens la main qui veut me prendre, je la mords. La liberté, c'est le fond de mon moi. Libre - je sers, prise - je tyrannise. Cette ardeur de la liberté, je l'ai eue en moi du premier jour de ma vie. Pour être libre, je suis prête au martyre. La plus belle cage, celle de l'amour, me fait fuir. Jamais je n'ai voulu être à  quelqu'un. Tout ce qu'on m'impose me dégoûte. Je suis à celui qui ne m'a jamais eue. J'ai servi mon père jusqu'à un entier sacrifice de moi-même, parce qu'il m'a laissée libre. Sa mémoire m'est sacrée, parce que de lui j'ai eu ma liberté. L'amour, le sacrifice, la vocation, je ne les comprends que libres.  "Frei und rein bin ich in meinem wahn" (libre et pure je suis dans ma folie). Voici les mots de mon moi. Je déteste la morale parce que c'est l'assujetissement de mon moi à quelque chose qui n'est pas moi.  

    Marianne WEREFKIN

    Lettres à un inconnu 

     

    Peinture de l'auteure


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  • Nohad Salameh

     

    Née à Baalbek (Liban) en 1947, Nohad Salameh s'installe à Paris en 1989 après des débuts dans la presse littéraire. Son père, poète de langue arabe, lui a donné le goût des mots et des symboles. Son écriture "lyrique et dense" s'inscrit dans la lignée lumineuse de celle de Georges Schéhadé parmi les odeurs sensuelles et mystiques de l'Orient. Elle a reçu Le Grand Prix de Poésie de la Société des Gens de Lettres à l'automne 2007 pour l'ensemble de son œuvre. 

     

    Au bruit du raisin qui meurt

     

    T'aimer encore une heure une seconde

    Au bruit du raisin qui meurt dans mon cri d'enfant

    T'aimer juste un instant - visage habillé de mes yeux

    Même si l'hiver givre mon ombre.

     

    Ton corps en moi : soleil dans le soleil

    Escorté de lanternes et d'arômes.

    J'ignore quelle main dessine sur la vitre la complicité des cigognes.

     

    T'aimer encore une heure deux heures

    Au râle de la cendre qui décuple mes pas.

    Qu'importe le temps qui nous reste

    T'aimer plus tard - source maintenue froide pour des étés sans moulins.

    T'aimer : parole le long de moi sur moi contre moi.

    T'aimer systématique rassemblé

    Avant que le ramier prête serment à la mémoire

    Et que mon sosie retrace la route à prendre par l'ange.

     

    In Chants de l'avant-songe, 1993

     


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  • Je l'ai découverte aujourd'hui en première partie du spectacle La nuit ne dure pas de Dani et Emmanuelle Seigner et son chant était aussi beau qu'un soleil étincelant au milieu de la nuit.

     


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  • Lettres à un inconnu : extrait 6

     

    Une lune perchée si haut qu'elle en semble toute petite, court comme un gamin dans le réseau des nuages noirs et blancs. Une grande, une énorme étoile la regarde du bas de l'horizon. Les arbres d'un noir intense atteignent des dimensions inouïes. Sur les pelouses des lueurs blanches qui viennent et vont, changeant le paysage comme un décor de théâtre. Derrière le parc fantastique, la ville silencieuse, dormant, lourde dans les ombres de ses lanternes éteintes. De folles paroles d'amour courent joyeuses dans l'air tout vibrant de mystères. Chacune d'elle crée un atome de beauté qui va se nicher dans les herbes endiamantées de rosée, dans les buissons serrés les uns contre les autres comme des têtes chevelues. Et d'instant en instant monte l'accord du sentir humain et de la beauté de la nuit. 

     

    Marianne WEREFKIN

    Lettres à un inconnu

     

    Peinture réalisée par l'auteure

     


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